Et à la fin, c'est la CDU qui gagne

Hier, c'était jour d'élection en Saxe. La date était probablement très mal choisie, c'était tout comme en France le dernier jour des vacances. Ça n'a pas aidé la participation, qui chute en dessous des 50%. Sur les 3,3 millions d'électeurs, seuls 1,6 millions étaient présents (ou ont votés par la poste, moyen courant en Allemagne). D'après le Spiegel, c'est la deuxième plus mauvaise participation pour une élection régionale allemande.

Ces élections n'auront pas un grand impact national, la Saxe est une région très loin d'être représentative de la politique fédérale. C'est une terre de droite et d'extrême droite, ça se voit à la fois dans les résultats électoraux et dans les propositions des partis politiques. Le TAZ considère ainsi que la CDU et le FDP saxons sont les plus à droite d'Allemagne.

Cependant, cette élection pourrait représenter la fin définitive d'une époque et le début d'une autre. Commençons par la fin : les libéraux du FDP ne gouvernent plus aucun land allemand. Ils viennent de se faire sortir du parlement saxon (passant de 10 à 3,8% des voix). Ils étaient durant leur campagne en plein naufrage idéologique, promettant tout et son contraire. Voir le FDP demander plus d'enseignants a une saveur bien étrange, après cinq ans de participation à un gouvernement ayant fortement réduit le nombre de postes (avec manifestations à la clef).

L'argument de la baisse d'impôt, pourtant le plus classique, semblait avoir disparu. Et les photos des candidats bien habillés et portant des titres de doctorats étaient remplacées par ça :

Avec cette sortie du gouvernement saxon, le FDP n'existe plus dans les instances fédérales : ils perdent leur dernier relais au Bundesrat.

Les grands gagnants de la journée sont les anti-euros de l'AfD, qui entrent pour la première fois dans un parlement régional, avec presque 10% des voix. Ce n'était pas vraiment une surprise, ils avaient réalisés en Saxe leurs meilleurs scores lors des élections fédérales et européennes. Ils bénéficient d'une tête de liste populaire et capable apparemment de faire passer un message. Ou vont-ils chercher toutes ces voix ? D'après les sondeurs, en grande partie chez les électeurs de la CDU. De l'extrême gauche aussi (si si), ainsi que des libéraux (ce dernier est étonnamment pas si élevé que ça. Il y a eu un mouvement de voix du FDP vers la CDU, et de la CDU vers l'AfD). Enfin, ils récupèrent des voix des néo-nazis. Ces derniers disparaissent du parlement, avec 4,95% des voix. Il est clair que sans l'AfD, ils seraient encore là. Même si les mouvements étaient moins massifs que prévu, 800 voix seulement auraient permis aux néo-nazis de rester pour cinq ans de plus.

Pour les autres, c'est la stagnation. La CDU avec 39,4% des voix est très loin devant ses concurrents, et gouvernera bien évidemment durant les cinq ans à venir. Mais pour la Saxe, c'est peu. C'est encore moins qu'en 2009, qui était déjà une mauvaise année. La popularité de la tête de liste (que plus de 70% des saxons voulaient comme chef de gouvernement) n'aura pas suffit. Le transfert depuis le FDP compense les pertes vers l'AfD, mais pas plus.

Les seconds, Die Linke, sont relégués à 18,9% des voix. Ils étaient à 20,6% il y a cinq ans. L'émergence d'un parti populiste anti-euro aura fait de la concurrence, même s'il est à l'autre bout de l'échiquier politique.

Viennent enfin les deux partis qui peuvent entrer au gouvernement avec la CDU. Le plus probable, c'est le SPD, qui obtient 12,4% des voix. C'est un bon score (si si, bis), le meilleur depuis 1994. Il serait assez logique de reproduire la même coalition qu'au niveau fédéral, et probablement bien plus stable. L'alternative serait une alliance de la CDU avec les verts, qui obtiennent 5,7% des voix. Les deux partis se déclaraient prêts à gouverner ensemble durant la campagne, mais il est probable que l'hypothèse de coalition avec les Verts servira surtout de moyen de pression pour la CDU lors des négociations avec le SPD.

Au niveau des thèmes de campagne, trois choses revenaient. D'abord la sécurité. Tous les partis en parlaient, à l'exception peut-être des verts. J'ignore pourquoi. Le second fait suite aux inondations de 2013, les travaux de réparations sont encore loin d'être terminés dans certaines villes. La tête de liste de la CDU posait sur des affiches à côté de pompiers, pendant que Die Linke demandait une pension de retraite plus élevée pour les anciens pompiers volontaires.

Le dernier grand sujet abordé par les partis concernait le « gute Arbeit », un bon travail. Le thème du chômage n'était pas mentionné, celui d'une rémunération plus élevée était par contre bien présent. Dans un pays ou l'on propose de payer un orthophoniste diplômé à 8€ bruts de l'heure, ce n'est probablement pas très étonnant. Le thème du chômage rendait auparavant ces revendications inaudibles, mais il semble que cette période soit terminée. À voir si l'instauration du salaire minimum changera quelque chose.

Et pour la suite ? Le Brandenbourg et la Thuringe votent dans 15 jours. Ces régions sont très différentes, mais on y verra probablement les mêmes effets sur le bout de la droite : le FDP est menacé d'être expulsé du parlement, et l'AfD pourrait y rentrer. La Thuringe est particulièrement à surveiller : pour la première fois, le SPD n'exclut pas de gouverner avec Die Linke, même si Die Linke a plus de sièges qu'eux. Cela conduirait à élire un premier ministre de région provenant de Die Linke. Si le cas devait être possible à la sortie des urnes, le choix sera laissé aux militants du SPD (l'alternative étant une alliance avec la CDU).

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