Merkel, le rouleau compresseur

Le résultat des élections d'hier est sans appel : Merkel est la grande gagnante arithmétique du scrutin. La CDU/CSU obtient un score de 41,5% des voix, et regagne 6 millions de voix par rapport à 2009 (pour un nombre de votants équivalent, la participation n'a finalement presque pas bougé). L'effet « chancelière » est incontestable, les conservateurs regagnent des voix en Bavière par rapport à la semaine dernière, et même en Hesse ou le scrutin était simultané la CDU fait mieux au niveau fédéral qu'au niveau régional. Imaginez un peu, un chef de gouvernement de droite depuis huit ans, et dont pourtant plus de 50% des électeurs de Die Linke (l'équivalent du front de gauche) sont satisfaits de son travail...

À un moment de la soirée, les sondeurs ont même vu une possibilité de majorité absolue pour Merkel, une situation qui aurait été une première depuis 50 ans. Cette idée n'a peut-être vécue qu'une demi-heure, mais l'impact psychologique est probablement très important. La CDU aurait pu gagner seule. Les électeurs de la CDU ayant tentés de sauver les libéraux doivent s'en mordre les doigts jusqu'au sang : le vote stratégique a été un désastre pour la droite.

En effet, derrière Merkel, les libéraux s'effondrent. Moins certes que les télévisions l'annonçaient en début de soirée, ils arrivent à 4,8% au niveau fédéral et dépassent tout juste les 5% en Hesse (jusqu'à 2h du matin, ils étaient donnés en dessous des 5% en Hesse). C'est un désastre pour eux, ils étaient à 15% en 2009. Ils perdent 100 députés et les moyens qui vont avec, et se retrouvent sans visibilité médiatique. Par exemple, ils n'étaient pas invités sur les plateaux de télévisions hier, car seuls les « partis parlementaires » sont invités... Humiliation à mon sens inutile pour un parti qui a encore des ministres pour quelques semaines. Et humiliation encore plus ridicule en fin de soirée, où les présentateurs avaient perdus un peu de leur assurance sur la disparition du FDP. Ils auraient eu l'air fin s'ils avaient dépassés de justesse les 5%.

Sans les libéraux, Merkel n'a donc pas de majorité naturelle, ce qui va peut-être la contrarier. La gauche est même majoritaire au parlement, avec Die Linke, Die Grünen, et le SPD. Ils ne formeront pas de coalition entre eux, mais c'est tout de même à noter. Je me demande qui des Verts ou du SPD va tenter une coalition avec Merkel. Cela fait deux fois que gouverner avec Merkel est l'équivalent d'un baiser de la mort (le SPD ne s'en est pas encore remis, le FDP est en état de mort cérébrale), il faudra être courageux pour tenter un troisième essai.

Pour les résultats en détails, le SPD remonte un peu à 25,7% (+2,7). C'est un semi-échec, l'objectif avoué était d'arriver à 30. En comparaison des autres partis, c'est cependant un excellent résultat.

Pour les Verts, c'était une mauvaise soirée. Ils descendent à 8,4% (-2,3). Pour un parti ayant fleurté avec les 25% après Fukushima, et se trouvant encore à 15% en début de campagne, c'est la douche froide. La fin de campagne était catastrophique, et cela se ressent d'ailleurs dans les votes par correspondance à Dresde, bien meilleurs pour eux que les votes à l'urne (on peut voter plusieurs semaines en avance par courrier en Allemagne). Je ne sais pas si les résultats dresdois sont comparables au reste du pays pour cette différence urne/courrier, mais si c'est le cas, ils auront de quoi avoir des regrets.

Die Linke était au contraire à la fête, malgré son net recul. Avec 8,6% des voix (-3,3), ils deviennent la troisième force politique du pays, joli pied de nez aux verts. Les pirates par contre ne bougent pas beaucoup, à 2,2% des voix. Très loin de ce qu'ils pouvaient espérer...

Pour terminer, l'autre grand gagnant de la soirée est le parti anti-euro fondé il y a six mois, l'AfD. Avec 4,7% des voix, ils frôlent l'entrée au parlement. Dans l'Est, ils dépassent les libéraux presque partout, et sont au-dessus des 5% dans toutes les régions. C'est un signe à un an des élections régionales dans les länders de l'Est, ils pourraient rentrer en force dans les parlements régionaux en remplacement des libéraux. Par contre, ils ont clairement mordus sur les voix de l'extrême droite, pas seulement sur les partis contestataires anti-Europe. Leur score en Saxe n'est pas forcément une surprise, surtout là ou les néo-nazis font traditionnellement des bons scores. À voir ce qu'ils vont devenir, il ne sera pas facile de garder un discours « propre » en façade et des soutiens plus extrêmes. Ça pourrait paradoxalement être une chance pour les libéraux, si cela permettait de se débarrasser de leurs membres les plus à droite et retrouver un positionnement centriste qui a fait leur succès dans l'histoire.

En conclusion, la droite était clairement majoritaire en voix hier. Mais du point de vue de la dispersion, ils ne pouvaient pas faire pire. Le FDP et l'AfD frôlent les 5%, mais ces voix sont perdues. Avec 0,3% des voix en plus ou en moins pour le FDP, Merkel aurait eu la majorité (seule ou avec les libéraux). Un simple problème de répartition... Cela donne une majorité des voix à la gauche en parlement, mais sans le soutien politique suffisant pour que le SDP et les Verts prennent le risque de s'allier avec Die Linke.

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