Du système de vote allemand

Les allemands votent aujourd'hui. Et il est amusant de voir des journalistes tenter d'expliquer le système de vote. La palme de l'incompétence revient cette année à Libération, avec cet article surréaliste. L'animation du Figaro n'est pas trop mal, mais souffre du même tort que celui du Monde, on sent bien qu'ils ont pris l'article vieux de quatre ans et ont tenté de rajouter un truc à la fin sur le nouveau mode de scrutin.

Reprenons donc. Depuis la réforme du scrutin, seule la seconde voix (la proportionnelle) fera le rapport de force au parlement. S'il y avait que trois partis, ayant chacun 33% des secondes voix, ils auraient chacun 33% des sièges, même si un des partis remportait 100% des premières voix. Et ainsi de suite dans des systèmes plus complexes : x% des secondes voix des partis ayant dépassé les 5% implique x% des sièges.

Alors, à quoi sert encore cette première voix ? Pas à grand chose. À choisir les députés qui seront élus parmi les grands partis (un élu directement fera un élu de moins élu sur la liste), et à garantir la présence d'un élu dans chacune des 299 circonscriptions. Point. Ce que vous pouvez lire dans l'article du Monde sur les stratégies de voix différentes pour obtenir plus de sièges sur une coalition était vrai avant, mais plus maintenant.

Pour aller dans le détail, le système de calcul de ces sièges est cependant très vraiment très complexe, et relativement amusant. Mais n'intéresse pas grand monde hormis les candidats. Comme les élus directs sont toujours élus, il y a un mécanisme de compensation du nombre de sièges pour les autres partis si un parti obtient trop de mandats. Il est donc impossible de savoir le nombre de députés qui sortira des élections allemandes. Un minimum de 598 est certain, mais ensuite certains calculs laissent penser qu'ils pourraient être jusqu'à 800 (il faudrait alors pousser les murs, ils étaient 621 aux dernières élections). Si vous êtes en fin de liste d'un parti, vous aurez probablement envie que ce soit plus proche de 800 que de 621...

Autre effet amusant, si un parti gagne des mandats directs, il peut du coup perdre des sièges (ainsi que tout les autres partis certes, comme déjà dit le rapport de force ne change pas). Voici par exemple une simulation sur les élections de 2009 :

(source : spektrum.de))

À gauche, le nombre de sièges qu'aurait obtenu le SPD au total avec le nouveau mode de scrutin. En bas, le nombre de mandats directs obtenus en plus ou en moins par rapport aux résultats réels. En perdant 7 circonscriptions, ils auraient eu 170 sièges. En gagnant 9 circonscriptions supplémentaires, 157 sièges. Ça laisse imaginer les variations que cela peut donner au nombre total des députés, car les autres partis gagnent/perdent aussi des sièges dans le même mouvement. Donc, si vous êtes allemands, que vous voulez diminuer le nombre de députés : votez SPD en première voix... Au contraire, un bon moyen de faire exploser le nombre de députés est de voter CSU en Bavière en première voix et pas en seconde.

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