La bavière a voté

C'est avec un peu de latence qu'arrive cet article. La Bavière votait donc dimanche dernier, et à une semaine des élections fédérales, on peut parler d'un match nul en terme d'impact.

Comme prévu, la CSU fait un score énorme et obtient 47,7% des voix. Celui lui assure la majorité absolue, qu'elle a normalement presque toujours (la législature précédente était un séisme vu qu'ils ne l'avaient pas...). C'est une semi-bonne nouvelle pour Merkel. Son allié est en excellente forme, et les électeurs conservateurs semblent capables de se mobiliser. Malheureusement, ça risque de rendre la CSU encore plus remuante au niveau fédéral. Et si Merkel a recentré la CDU (parti qu'elle a également mis complètement au pas), il en est pas de même de la CSU qui n'a de compte à rendre qu'aux électeurs de Bavière, et peut donc être très énervant pour un gouvernement d'Allemagne. Certains journaux parlent « d'opposition à l'intérieur du gouvernement » pour la CSU.

Le second « vainqueur » du scrutin est le SPD. Avec un gain de 2 point de pourcentage des voix, ils peuvent être heureux, malgré un score pas flamboyant de 20,6%. C'est la première fois depuis très longtemps que le SPD ne perd pas des voix en Bavière, et ils ont fait mieux que les sondages prédisaient. Bref, ils sont presque heureux. Surtout en comparaison des autres partis.

En effet, derrière, c'est l'hécatombe. Les libéraux du FDP font un score misérable de 3% (contre 8% en 2008). Ils sortent du parlement régional, et ont maintenant très peur de sortir également du parlement fédéral. Mauvaise journée, ils passent du coup en mode « tous les coups sont permis », j'y reviendrai.

Pour les Verts, ils chutent de 9,4 à 8,6% des voix. C'est la confirmation que les Verts n'arrivent pas à convaincre dans cette campagne. Ils étaient auparavant bien positionnés, mais ils ne font que chuter depuis le mois d'août. Je ne sais pas d'où ça vient exactement, mais ils sont en tout cas le parti qui a le plus fluctué.

Pour les « électeurs libres », un parti populiste régional de droite anti-euro, c'est pas la joie non plus (je dis régional car ils n'ont jamais percés ailleurs, mais ils tentent de s'implanter partout en théorie). Ils passent de plus de 10% à 9%.

Enfin, dans l'opposition non parlementaire, Die Linke passe de 4,3% à 2,1%. Les Pirates obtiennent 2%. Et plein d'autres petits partis accumulent tout de même beaucoup de voix. En prenant tous les partis non représentés au parlement, on obtient tout de même 14% des voix. C'est beaucoup pour l'Allemagne, je pense que ça ressemble à un record pour la Bavière. J'y vois un signe d'insatisfaction envers les « gros » partis.

Donc au global, Merkel est semi-heureuse de la victoire de la CSU. La défaite des libéraux semble diminuer les chances de reconduire une coalition avec eux au niveau fédéral. Pour le SPD, la mauvaise santé des Verts efface doucement leurs derniers espoirs de construire un gouvernement avec eux. Je crois que pas grand monde au niveau fédéral ne peut se satisfaire de ce résultat bavarois.

Après, les conséquences. Le FDP a confirmation qu'ils luttent pour leur survie politique. Et pour ses dirigeants, ils luttent pour leurs sièges de députés, même s'ils sont têtes de listes. Ils sont donc prêts à tout, et arrivent au niveau zéro de la campagne électorale. On voit ainsi des affiches « évitez une coalition rouge-rouge-verte », dont tout le monde sait bien qu'elle est totalement improbable. C'est déjà prendre ses électeurs pour des cons. Cependant, le pompon arrive sur la même affiche en rajoutant « la seconde voix pour le FDP ». En effet, les allemands ont deux voix, une pour le candidat élu directement dans la circonscription et une pour la part proportionnelle. Le message implicite est donc de voter CDU avec la première, et FDP avec la seconde, pour optimiser l'utilisation des voix. Ça marchait un peu avant. Le code électoral a cependant été douloureusement réformé, et seule la seconde voix est désormais utile pour le rapport de force entre les partis. La première ne sert qu'à choisir qui sera élu dans les grands partis. Une voix de la CDU pour le FDP ne fait dont qu'affaiblir la CDU, mais n'augmentera pas les chances de former une coalition avec le FDP, ne changeant pas le rapport de force global droite/gauche. C'est donc prendre des gens pour des abrutis, en espérant que la réforme du code électoral ne connaisse pas une trop grande publicité (et ça peut marcher, beaucoup d'allemands ne comprennent pas du tout comment ça marche...).

Cette stratégie énerve profondément la CDU, qui n'a pas envie de perdre des voix (étonnamment). S'il n'y a qu'un transfert de voix de la CDU vers le FDP, ça ne suffira pas pour obtenir une majorité, il faut que le FDP arrive à convaincre son électorat habituel. On verra cependant dimanche si la stratégie du FDP était bonne, au moins pour sauver leurs fesses...

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