Ça bougerait presque

J'ai suivi le débat entre Merkel et Steinbrück dimanche dernier, entouré d'un petit groupe d'amis allemands. On était très loin de la foire d'empoigne que j'ai pu voir sur des débats en France. En effet, les candidats ne sont pas censés se parler directement... Leurs seuls interlocuteurs sont les journalistes, même s'ils font parfois des exceptions à la règle pour se répondre directement. Les interactions restent cependant très limitées.

Le défaut de la méthode, c'est que les candidats ont parfois très envie de répondre à côté de la question. Mais c'est aux journalistes de recadrer en théorie si ça va trop loin. Ils ont beaucoup parlé de la Grèce, ainsi que de l'introduction de l'équivalent d'un SMIC en Allemagne, et de la surveillance généralisée par la NSA. Rien de neuf pour quelqu'un s'informant un peu sur la vie politique, mais les 90 minutes étaient probablement un bon résumé de la campagne.

En bref, le sentiment général à la fin était que Steinbrück était bien meilleur que prévu. Même si les attentes étaient loin d'être folles, il a fait jeu égal avec Merkel (c'est à la fois l'opinion « en direct » de mon groupe absolument pas représentatif et des sondages). Mieux, d'après les sondages, il aurait réussi une performance auprès du groupe des votants qui n'ont pas encore pris de décision. Ceux qui sont finalement a priori les plus importants, le débat n'est pas là pour retourner quelqu'un de déterminer.

Tout ça permet de relancer un peu la campagne. On s'ennuie moins. Le SPD fait semblant d'y croire, et il semblerait que les militants soient remotivés. De l'autre côté, Merkel a ressorti l'épouvantail Die Linke. L'idée est de mobiliser l'électorat de droite, en faisant croire qu'une coalition entre l'extrême gauche, le SPD et les Verts est possible. Elle avait déjà tentée ce refrain en 2008, ce qui Steinbrück lui a d'ailleurs fait remarquer en 2008. Cette coalition est pour moi (et pas que moi), complètement improbable. En voici les raisons :

  • Le SPD est contre. Si à l'Est il est possible de faire des coalitions avec Die Linke (uniquement si le SPD est le premier parti, il est hors de question de faire élire un ministre-président Die Linke), les factions du SPD en ex-allemagne de l'ouest ne veulent pas en entendre parler. Steinbrück a très bien expliqué lors du débat pourquoi il y était opposé.
  • Die Linke est contre. Coopérer avec le SPD, ce serait probablement se saborder. Leurs demandes sont trop éloignées du programme du SPD pour espérer arriver à un compromis.
  • Si par miracle ces deux premiers partis s'entendaient, les Grünen ne veulent pas entendre parler de faire partie d'une telle coalition. Les Grünen, c'est aussi « Bündnis 90 », des opposants au régime communiste en ex-allemagne de l'Est. Personne ne peut imaginer sérieusement que ces gens là puissent travailler avec Die Linke, qui est (hélas encore) rempli de nostalgiques de la période.

Pourtant, ça doit probablement marcher, si Merkel et les libéraux tentent d'en faire un thème de campagne... C'est un peu triste cependant d'en être réduit à ça pour mobiliser son électorat (dont beaucoup se satisferaient d'une grande coalition, comme je l'ai déjà dit).

Ce soir, c'était le débat pour les élections régionales en Bavière du 15 septembre. Je suis curieux de voir l'influence de ces élections sur les élections fédérales.

Commentaires

1. Le mercredi 11 septembre 2013, 21:52 par Laure

Il y a un article par jour dans le monde. Je commence à comprendre un peu mieux la politique allemande mais pas la géographie alors c'est toujours le bordel dans ma tête. T'a pas une carte des lander quelque part?

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