La non-campagne allemande

Alors que certains journaux européens attendent parfois beaucoup des élections allemandes, on ne peut pas dire que la campagne mobilise les foules dans le pays en question. L'été a ainsi été très calme, avec seulement de temps en temps quelques réactions au scandale PRISM et de l'intense coopération des services secrets allemands avec la NSA. Scandale qui semble n'avoir favorisé personne, les deux grands partis étant mouillés jusqu'au cou dans ce problème.

Ensuite, de toute façon, Merkel ne veut pas faire campagne. Sa popularité est tellement élevée que la CDU ne fait campagne que sur son nom. C'est d'autant plus simple que le candidat SPD est très impopulaire. En cas de vote direct à la chancellerie, il serait écrasé encore plus qu'il ne risque de l'être le 22 septembre. Donc, on se fait chier... Pas de débat sur les programmes, parfois quelques attaques sur l'Europe qui réveillent un peu. Mais de même que pour PRISM, ce débat est loin d'être assez clivant pour réveiller la population (Merkel cache le coût réel du sauvetage à la Grèce, mais a beau jeu de répondre que l'entrée de la Grèce dans l'euro était une erreur et de la responsabilité du SPD, ça vole très haut). On peut espérer que le débat télévisé de ce week-end changera quelque chose, mais je n'y crois pas trop.

En attendant, un rapide état des lieux des différents partis présents.

Les deux grosses écuries

Les chanceliers allemands ne proviennent depuis 1949 que de deux partis, la CDU et le SPD. Ce sont les deux « Volkspartei », avec environ 500 000 adhérents chacun. Ils amasseront encore à eux deux une grande majorité des votes des allemands, et ceci même si le SPD a perdu de sa superbe depuis 2009 (et n'a pas l'air d'être en état de complètement se relever).

La différence de programme entre les deux partis n'est pas énorme. Merkel a largement recentrée la CDU, qui a tendance à récupérer les idées populaires du SPD. Ainsi, on a même vu la CDU dire être capable d'accepter un salaire minimum en Allemagne. C'est complètement nouveau, et signe des temps. Il y a globalement deux partis sociaux-démocrates en Allemagne, qui n'excluent d'ailleurs pas de gouverner ensemble si nécessaire. Du côté des sondages, la CDU tourne actuellement autour de 39 à 41% (pour 33,8% en 2009), pendant que le SPD plafonne entre 22 et 26% (23% en 2009, mais un score « normal » devrait être au minimum de 35%). La CDU ne dort cependant pas totalement tranquille, car les sondages ont tendance à être au dessus de ses résultats réels.

Ceux qui seront au Bundestag

Pour entrer au Bundestag, il faut dépasser la barrière des 5%. Deux autres partis sont certains de dépasser cette limite : Die Grünen (verts), et Die Linke (parti de gauche et ex-communiste). Les verts flottent actuellement entre 10 et 15%, ce qui est déjà un très bon résultat pour eux (10,7% en 2009). Ils sont cependant très loin des vagues vertes de 2011 à la suite de la catastrophe de Fukushima, qui les avaient notamment propulsés à la tête d'un Land. Si le programme reste bien évidemment écologiste, il est également très social et « de gauche », avec des augmentations d'impôts pour financer de nouvelles prestations sociales. S'il était à un moment envisagé que la CDU s'allie aux verts à partir de 2013, leur programme et les déclarations des dirigeants sont relativement claires : ce sera non. Ils devraient être pour la première fois la troisième force politique du pays, contre cinquième en 2009.

Pour Die Linke, on peut s'attendre à une légère chute après le record de 2009 ou ils frôlaient les 12%. Oskar Lafontaine n'est plus là pour mobiliser les foules, et les critiques sur la finance portent peut-être moins maintenant. Ils seront cependant sans soucis qualifiés avec pour le moment entre 7 et 9% d'intention de vote. Leur fond de commerce reste à l'Est, ou ils peuvent dépasser 30% des voix. J'ai d'ailleurs parfois été un peu surpris par certaines affiches de campagne, ou ils jouent clairement sur la notion d'Allemagne de l'Est.

L'énigme du scrutin

Les libéraux sont pour le moment la vraie question du scrutin. S'ils dépassent les 5%, Merkel devrait pouvoir reconduire la coalition avec eux. Dans le cas contraire, une grande coalition avec le SPD est le plus probable. Si les allemands devaient voter pour une coalition, une majorité souhaite une grande coalition (ce qui est assez nouveau comme idée). Les libéraux sont très très impopulaires, même parmi les partisans de Merkel. Ils étaient tout proche des 15% en 2009, et se battent désormais pour la survie au dessus des 5%. Les derniers sondages sont un peu plus encourageants car ils dépassent à chaque fois les 5%, après avoir été très longtemps en dessous.

Je ne sais pas trop ce que Merkel attend vraiment d'eux. Reconduire une coalition avec un partenaire dont le nombre de voix a été divisé par trois ne sera pas simple politiquement, même s'ils restent au parlement. Surtout qu'il se dégage une légère odeur nauséabonde de leur campagne, j'ai entendu des allemands être choqués de la proximité de leur campagne avec celle des néo-nazis.

Les petits

Il y a beaucoup de petits partis, on totalise plus de 30 partis dans la course (les plus petits n'étant pas candidats partout). Deux sont probablement notables : Alternative für Deutschland, et les Pirates. Pour le premier, ce sont des déçus des conservateurs et des libéraux, qui veulent sortir de l'Euro. Un parti plus à droite que la CDU, mais qui se veut respectable. Je n'aime pas leurs idées, mais je suis content qu'ils existent pour le débat public. La droite de la CDU vaut mieux que les néo-nazis, surtout avec le recentrage opéré par Merkel. Ils plafonnent pour le moment à 3%, il faut voir s'ils arriveront à convaincre suffisamment de libéraux qu'il est temps de retourner sa veste.

Pour les pirates, ont très loin de l'enthousiasme des dernières années. Après beaucoup de querelles internes, leur image est dramatique dans l'opinion. Curieusement, ils ont été incapables de profiter du scandale PRISM. Le problème de la surveillance et de la protection des citoyens face à l'état est pourtant leur cœur politique. Ils sont actuellement entre 2 et 3%, voir même ils ne sont plus sondés (ils n'apparaissent plus dans les résultats des deux derniers sondages). Il va être difficile pour eux de remonter la pente en moins d'un mois.

La blague bavaroise

La Bavière devait renouveler son parlement régional à l'automne 2013. Ils auraient pu organiser le vote le même jour que les élections fédérales, mais ça aurait été se priver d'une exposition médiatique très importante. Ils ont donc choisi la semaine précédente, les électeurs devront se déplacer deux fois.

On est très loin d'un « premier tour » des élections, car la Bavière est très à droite et il n'y a pas de surprises à attendre de ce côté là. Le résultat sera catastrophique pour le SPD, excellent pour la CSU (la branche conservatrice bavaroise). Ils resteront cependant très intéressants pour caler les sondages sur des résultats réels. Les résultats des verts/libéraux/pirates sera donc instructif, et modifiera peut-être le résultat final. Du fait de la barrière des 5%, un parti qui arrive à prouver qu'il peut le faire peut avoir un appel d'air de voix (les allemands n'aiment pas voter dans le vent). Au contraire, ne pas dépasser les 5% sera une très mauvaise nouvelle pour les libéraux et les pirates.

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