Du côté du Baden-württemberg

Je voulais au départ faire un article résumant les quatre dernières élections régionales. Beaucoup de choses intéressantes se sont récemment déroulées dans la vie politique allemande, mais je vais rester raisonnable et seulement m'attaquer au plus gros morceau : le Baden-württemberg.

Les conséquences du vote dans ce Land sont telles qu'on a pu lire les résultats dans tous les grands journaux quotidiens français, ce qui est assez rare. Concrètement, la droite a perdu un fief qu'elle tenait pourtant depuis le retour de la démocratie en Allemagne (je mens un peu. De 52 en 53, c'était une grosse coalition entre gauche et droite. Un an...). Plus encore, pour la première fois le Land sera dirigé par un ministre-président vert. Enfin, le résultat de ce vote ne s'est pas construit sur une forte abstention, avec des électeurs de droites partis à la pêche. Bien au contraire. En voix, la CDU a gagné plus de 100 000 votes par rapport aux dernières élections. Insuffisant, car l'abstention a massivement reculé avec plus d'un million de votants supplémentaires. Cela a permis aux verts d'engranger 700 000 voix de plus, alors qu'ils n'en avaient que 450 000 en 2006.

Je vais tenter de faire un petit résumé des possibles raisons de ce vote.

Point de vue local

Les élections régionales allemandes sont avant tout des élections locales. Et dans les thèmes dominants, on peut clairement citer Stuttgart 21. C'est un projet ferroviaire qui est fortement critiqué par les écologistes, notamment car le tracé conduit à la destruction d'espaces verts. Le coût est également très élevé, et la population se demande s'il n'est pas possible de faire mieux pour moins cher.

Ce projet a été mis sous les projecteurs fin septembre 2010. Ce jour là, une manifestation qui tentait d'empêcher la coupe d'arbres centenaires a été violemment réprimée par la police. Les manifestants ont ainsi été aspergés de lacrymogène, nettoyés à coup de canon à eau, et légèrement secoués par les forces de l'ordre. Le genre de méthodes classiques utilisées contre les casseurs Néo-nazis ou leurs opposés d'extrème gauche. Sauf que là, c'était des familles. Avec notamment des enfants, des retraités. On était très loin d'une manifestation violente, et la réaction semblait disproportionnée. Deux manifestants ont été blessés aux yeux, dont un qui est devenu complètement aveugle.

J'étais ce jour là en voiture vers la France. Et la radio allemande passait en boucle des témoignages, des reportages sur place, etc. Tous les programmes habituels étaient bouleversés et remplacés par cette « bavure ». Plus que les manifestations, cette répression inhabituelle dans un pays comme l'Allemagne a choqué, et a propulsé ce débat au niveau national.

Semi-local

Si le Baden-württemberg est une des régions les plus industrieuses d'Allemagne, elle contient aussi quatre des 17 réacteurs nucléaires allemandes. Dont deux très anciens, qui devaient être arrêtées en 2011 et 2013 selon la loi votée par le SPD et les Verts en 2002. L'ancien ministre-président est également l'un des plus grands défenseurs de la filière nucléaire au sein de la CDU. Suite aux évènements japonais, le débat sur le nucléaire a été relancé partout en Allemagne mais a pris une résonance particulière dans ce Land.

Le comportement de Merkel n'a d'ailleurs probablement pas aidé. Elle a complètement retourné sa veste sur le sujet, en déclarant un moratoire de six mois sur la prolongation de durée de vie des centrales et en suspendant les activités des plus vielles. Elle déclarait pourtant peu auparavant que les centrales allemandes étaient les plus sûres du monde. Une telle manœuvre électoraliste s'est vue. Sur le fond, elle a été attaqué par son propre camp, notamment l'ancien chancelier Helmut Kohl qui habituellement se tait. Sur la forme, elle a vraiment merdé jusqu'au bout. Sa suspension n'est pas passé par le parlement, et était du coup probablement illégale. Pour quelqu'un qui a construit sa réputation sur une certaine rigueur, ça ressemble à quelqu'un qui gouverne à vue.

Sur le plan international

Parlons maintenant de la Lybie. Merkel n'est pas forcément directement concernée cette fois, mais bien ses alliés du FDP, les libéraux. Le chef des libéraux (Guido Westerwelle) est en effet ministre des affaires étrangères. Contrairement aux habitudes françaises, son pouvoir est grand. C'est notamment lui qui a dirigé toutes les manœuvres diplomatiques allemandes sur le sujet, notamment l'abstention allemande au conseil de sécurité de l'ONU.

Les allemands sont profondément anti-militaristes, on aurait pu s'attendre à un certain soutien populaire. Un peu comme Schröder a pu sauver sa peau en se déclarant contre la guerre en Irak peu avant les élections fédérales. Sauf que pour beaucoup, l'Allemagne a été trop loin. C'est une chose de refuser d'envoyer ses soldats, s'en est une autre de s'abstenir à l'ONU et de se retrouver dans le camp de la Russie/Chine plutôt que le côté France/USA/Angleterre. Si Sarkozy est attaqué en France pour son manque de concertations avec les autres pays d'Europe, le gouvernement Allemand subit exactement les mêmes critiques.

Pire encore, Guido Westerwelle semble parier sur un échec de la coalition. Par ses déclarations et ses postures, on croirait vraiment qu'il espère que la coalition se plante afin de pouvoir dire « je vous l'avais bien dit ». Il est accusé de tourner en ridicule la diplomatie allemande, et ne ressemble vraiment plus à un homme d'état.

Bien entendu, une campagne électorale c'est bien plus que trois sujets. Mais je pense qu'ils résument les principaux sujets de discussions, et peuvent en partie expliquer la déroute de la droite. Les sujets sont porteurs pour les verts, qui sonnent moins comme le mal « de gauche » comme le SPD. Ils étaient clairs sur la coalition qu'ils mettraient en place, mais il est probable que de nombreux déçus par les conservateurs préfèrent voir un vert à la tête du Land qu'un membre du SPD. De plus, tout n'est pas non plus un hasard. Le Baden-württemberg était déjà traditionnellement une terre verte, les scores électoraux des verts y étaient bien meilleurs que la moyenne nationale. Ils y sont bien implantés, et leur candidat pour la place de ministre-président est considéré comme un pragmatique.

La conclusion sera un petit rappel des scores des différents partis. J'espère trouver le temps de faire un petit article sur le système de vote, qui a failli provoquer une aberration démocratique dans les résultats finaux. Pour mémoire, il faut 5% pour entrer au parlement (et oui, le FDP a vraiment eu chaud aux fesses).

  • CDU : 39% (conservateurs)
  • GRÜNE : 24,2% (verts)
  • SPD : 23,1% (sociaux-démocrates)
  • FDP : 5,3% (libéraux)
  • Die Linke : 2,8% (extrême-gauche)
  • PIRATEN : 2,1% (parti pirate)
  • REP : 1,1% (extrême droite)
  • NPD : 1% (néo-nazis)

Commentaires

1. Le mardi 29 mars 2011, 22:27 par Celine

Le Baden-Würrtemberg n'a que 2 centrales nucléaires de 2 tranches chacune (soit 4 réacteurs) - Neckarwestheim et Phillippsburg. C'est l'Allemagne entière qui a 12 centrales ou 17 réacteurs !!
cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_...

2. Le mercredi 30 mars 2011, 11:10 par Flo

Oups, effectivement j'ai confondu. J'avais compté dans cette liste : http://de.wikipedia.org/wiki/Liste_...

Sans vérifier que certaines tranches étaient bien au même endroit... Je corrige ça. Je vais cependant rester sur l'idée de tranches, car la situation de Neckarwestheim 1 mis en service en 1976 ne me semble pas la même que Neckarwestheim 2 mis en service en 1989.

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