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mercredi 23 mai 2012

Cette drôle de campagne des législatives

Depuis environ deux heures, les français établis hors de France sont invités à voter pour les législatives, pour la première fois. En effet, l'introduction de députés représentant les « expatriés » a été introduit durant la législature précédente. Auparavant, les français à l'étranger étaient déjà représentés au parlement par les sénateurs de l'étranger (élus au suffrage indirect, par l'assemblée des français établis hors de France). Je pense parler un jour ici du vote par Internet, spécifique à ces onze circonscriptions. Mais avant, parlons un peu de la campagne.

Pour l'élection présidentielle, la campagne était finalement peu différente entre ce que j'ai connu en France et ici. Bien entendu, on ne voit pas de militants distribuant des tracts au marché du samedi matin. Mais les médias sont globalement disponibles pour s'informer sur la campagne. Pas de possibilité d'aller aux meetings, mais je trouve la couverture médiatique suffisante pour qui souhaite s'informer (que ce soit dans les journaux français (via Internet ou via l'achat en gare) ou dans les journaux locaux).

Et pour les législatives ? Il a été choisi d'en faire un scrutin « local », avec 11 circonscriptions. Ces 11 circonscriptions couvrent l'ensemble de la planète, ce qui n'est pas un mince exploit. Parmi ces onze, 6 sont déjà attribuées en Europe, on obtient donc des circonscriptions comme la onzième, couvrant pas moins de deux continents.

Pour la septième, celle où je vote, je dirais que sa taille est probablement dans la médiane. C'est pas le Benelux, mais pas non plus l'Amérique du Nord. Elle couvre quand même une surface pour le moins impressionnante... Je ne sais pas comment les candidats ont pu faire campagne dans les autres, mais voici mon ressenti personnel sur ce que j'ai pu voir ici.

D'abord, je pense qu'il y a deux types de candidats. Ceux qui sont certains de dépasser les 5%, et les autres. Les premiers peuvent obtenir des banques des prêts permettant de financer la campagne, les autres non. Et cela permet de se déplacer (ou pas) dans la circonscription, avec des dépenses de déplacement pouvant aller jusqu'à 15 200 euros (décret ministériel, c'est par comparaison 2800 dans le Benelux et 49 200 pour l'Asie). Pour les petits candidats, il n'y a donc aucune chance d'aller aux rencontres des électeurs, à moins de pouvoir dégager un financement personnel impressionnant. Quand on a déjà des problèmes pour payer l'impression des bulletins, faire le tour de la circonscription me semble hypothétique. C'est forcément moins le cas en France, ou le candidat à quand même moins de kilomètres à faire pour rencontrer ses électeurs. Je me dis qu'une petite réforme du code électoral pour les remboursements ne serait pas de trop, si les députés de l'étranger devaient persister (et le coup des bulletins, je ne comprends vraiment pas pourquoi l'état français ne prend pas en charge l'impression de manière nationale, c'est une goutte d'eau dans le budget des élections, mais bon...).

Pour ces petits candidats, il reste donc qu'une seule solution : Internet. Aucune chance de toucher les français expatriés à travers une interview dans le Sächsische Zeitung. Pour moi, le média de référence pour suivre la « campagne » a été le petit journal (rien à voir avec Canal+). Ils ont fait un gros effort pour lister les candidats, mener des interviews et centraliser les sites Internet disponibles. Ça m'a permis de découvrir certains candidats avant que la liste officielle ne soit publiée, et est bien plus complet que le site du ministère qui liste (au mieux) que la profession de foi.

Pour tous ceux qui ont inscrits leur adresse mail sur les listes consulaires, les candidats avaient aussi la possibilité de nous envoyer des mails. Tous ne l'ont pas (encore ?) fait. D'autres ont été bien plus actifs. J'ai été stoïque et je ne me suis désinscrit d'aucune liste, afin de ne pas rater un éventuel passage d'un candidat dans mon coin, ou ne pas rater une communication intéressante (j'ai même tout lu, c'est dire...). Voilà pour le suivi des petits candidats, je ne vois pas trop ce que eux (et moi) pouvaient faire de plus.

Pour les « gros », on peut dire que je n'aurais pas forcément beaucoup raté à ne pas lire mes mails... Le seul candidat s'étant déplacé en Saxe, et même à Dresde, a été Pierre-Yves Le Borgn'. Je me suis rendu à sa réunion publique (comme je l'aurais fait pour presque tous les autres candidats je pense, même si ça avait été à Leipzig), et on peut dire que c'était très intéressant, et une très bonne surprise (je ne m'attendais pas du tout à ça en y allant). C'était une occasion unique de discuter avec un candidat, et non pas seulement se faire une idée à travers les prospectus et programmes. De manière générale, je trouve son agenda de visites impressionnant. Il y a un vrai effort d'aller au contact des électeurs, que je salue. Son ambition est de continuer à parcourir la circonscription s'il est élu, seul moyen d'avoir un véritable contact avec de nombreux citoyens et de remonter des problèmes. C'est peut-être une promesse de campagne, mais ce qu'il a fait le rend en tout cas crédible à mes yeux.

De l'autre côté, je pense que le candidat Ronan Le Gleut ne devait pas non plus trop avoir de problèmes de financement de campagne, l'investiture UMP étant probablement une bonne caution. Son agenda s'est rempli petit à petit. Le 9 mai, il ne comptait que deux déplacements à Francfort et un à Münich (je l'avais consulté pour comparer à celui du candidat PS que je venais de rencontrer). Même aujourd'hui, il reste encore bien triste. Pas une seule ville de l'ex-RDA, par exemple. J'ai d'ailleurs manqué de recracher mon petit déjeuner quand j'ai lu son invitation :

Françaises, Français de Berlin, Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et de Thuringe,

je vous invite à venir me rencontrer à Berlin, ...

Nan sérieux. Ça représente plus de 100 000 km². Un voyage pour beaucoup de plusieurs centaines de kilomètres. Passe encore qu'il ne souhaite pas prendre le temps de faire le tour de petites villes de 500 000 habitants accueillant des instituts français, mais là je me suis demandé si ce n'était pas une forme d'humour que je n'arrivais pas à comprendre. Un des points forts de son programme étant le consulat mobile, je trouve ça amusant. C'est comme si un candidat creusois proposait une réunion à Paris pour discuter des déserts médicaux avec ses électeurs. Cela reste cependant cohérent avec sa proposition d'améliorer les tournées consulaires existantes, tout en restant muet sur les régions qui n'en voient jamais.

Voilà donc pour mon ressenti de la campagne, sur la forme et non pas sur le fond. Les petits candidats n'ont aucune chance de faire une vraie campagne. Ils peuvent bien entendu se rabattre sur Internet, mais cela ne touchera jamais tout le monde et jamais de la même façon qu'un contact direct. Pour les candidats quasi-certains de dépasser les 5%, mon avis est mitigé. Faire une campagne « de proximité » est possible, le candidat PS le prouve. Il est cependant regrettable qu'il soit le seul à s'être lancé dans l'aventure, ça n'aide pas le débat démocratique. Son agenda de campagne ressemble en tout à ce que j'aimerai voir dans les cinq années à venir dans l'agenda du député de la 7ième circonscription des français de l'étranger.

Pour le second tour, je vais en balade bien loin d'ici, je ne pourrai donc pas suivre la campagne (mais je compte bien voter par procuration).

samedi 25 février 2012

Nous, les enfants du réseau

Une fois n'est pas coutume, ce billet n'est qu'un petit lien vers les écrits d'un autre. Cet autre est Piotr Czerski, polonais d'une trentaine d'année, diplômé en informatique, qui a écrit un texte que je trouve assez sympathique. Je l'avais lu sur les journaux allemands, mais une bonne âme a eu le courage de le lire en français.

Voici donc le texte, dans la langue que vous voulez :

La phrase qui me touche le plus est probablement celle-là :

Nous ne comprenons pas pourquoi nous devons justifier d’un domicile fixe (il est absurde de devoir en avoir un) avant de pouvoir entreprendre d’autres démarches, comme si les administrations ne pouvaient pas régler ces choses sans que nous devions intervenir.

Les problèmes d'adresse, ça pourrit vraiment la vie parfois...

mercredi 27 juillet 2011

Élections des députés de l'étranger

En me renseignant sur le site de mon ambassade favorite pour des soucis administratifs (et dieu sait qu'il y en a parfois à l'étranger (et dieu sait aussi que ce site aime les liens pointant vers des erreurs 404 et des pages à contenu vide, celle-ci par exemple)), je suis tombé sur une nouvelle un peu surprenante :

Quelles sont les modalités de vote depuis l’étranger ?

Pour les élections présidentielles comme pour les législatives, vous pourrez voter en vous rendant aux urnes ou par procuration. La nouvelle loi instaure également pour les Français expatriés appelés à élire leur député, la possibilité d’utiliser le vote à distance :

Le vote électronique par internet (sous réserve de communiquer une adresse électronique aux services consulaires) ; ou par correspondance sous pli fermé.

Le décret d’application fixant les procédures pour ces modalités de vote à distance est en cours de rédaction.

Ainsi, pour la première fois, il va être possible de voter à des législatives par Internet ou par courrier. Je suis assez surpris, et j'ai quelques questions qui me restent en têtes, par exemple :

  • Pourquoi seulement les législatives ? En considérant que se déplacer au bureau de vote est un problème (et ça en est un...), pourquoi ne pas mettre en place le même système pour les présidentielles ? Les législatives seraient-elles une élection au rabais ?
  • Pourquoi ce régime spécial pour les français de l'étranger ? Soit un système de vote est sur, soit il ne l'est pas (et je considère pour ma part, qu'il ne pourra pas l'être. Il n'empêche absolument par des pressions par l'entourage au moment du vote). J'aimerai bien que les règles soient les mêmes pour toutes les circonscriptions.

Je suis assez curieux de voir ce fameux décret d'application en cours de rédaction. Que ce soit pour le vote par courrier ou pour le vote par Internet, il me semble que d'énormes questions de transparences se posent, encore plus que pour les machines à voter. Il n'y a vraiment aucune chance qu'en tant que citoyen je puisse correctement surveiller le vote à venir. Certaines démocraties vivent très bien sans, l'Allemagne depuis 1957 par exemple, avec plus de 21% des votants qui ont participé aux dernières législatives par correspondance. Mais ça mérite un vrai débat, je trouve.