Depuis le temps que je pensais le faire, voici un petit article sur l'un des jeux de cartes les plus populaires en Allemagne : le Skat (enfin populaire, un peu comme le tarot peut l'être en France quoi). C'est un jeu de carte cousin germain de la belote, avec un jeu de 32 cartes, 3 joueurs cependant.
Première petite feinte, les cartes ne sont pas carreau/cœur/pique/trèfle mais sont respectivement remplacées par Schellen/Rot/Grün/Eichel. Et il n'y a pas que le nom qui change, mais également l'apparence. Comme j'ai pas trouvé facilement d'images redistribuables sur Internet je ne vais pas pouvoir faire mieux que vous montrer les symboles disponibles sur Wikipédia (j'aurais voulu des images de cartes complètes, mais tant pis) ;

Pour débuter une partie, on commence par distribuer 10 cartes à chacun (2 lots de 3, 1 lot de 4, l'ordre n'est pas important) et 2 cartes au milieu. Il devient alors important de connaître la valeur des cartes pour pouvoir trier votre jeu. Mettez les valets de côtés, ils seront toujours de l'atout. Ce sont les cartes les plus importantes du jeu, dominantes sur toutes les autres. Leur « force » est dans le même ordre que les couleurs mises au dessus, Schellen le moins fort, Eichel le plus fort (le valet Eichel est donc la carte la plus forte du jeu).
Ensuite dans les couleurs, c'est comme à la belotte, As/10/Roi/dame/9/8/7. Et pour les valeurs en point, de même, 11 pour un as, 10 pour 10, 4 pour un roi, 3 pour une dame, 2 pour les valets (et oui même si les valets sont très très forts, ils ne valent rien). Une fois cela fait, va commencer la partie la plus déroutante du jeu, qui lui donne cette réputation de « difficile à comprendre ». On joue à 1 contre deux, le preneur contre la défense. Pour déterminer le preneur, on effectue des enchères. Pour savoir jusqu'à combien vous pouvez enchérir, il va falloir consulter (et comprendre !) ce tableau :

Dans les colonnes, la présence ou l'absence des cartes des valets correspondants. Dans la dernière colonne, le nombre multiplicateur auquel vous aurez le droit. Et ensuite, en dessous du tableau, la valeur de chaque couleur. Cette valeur est importante pour le choix de l'atout, après avoir gagné les enchères, vous choisissez l'atout dans la limite de vos points. Imaginons que vous ayez les valets Eichel/Grün/Schellen, vous gagnez un coefficient multiplicateur de 3. Vous pouvez donc dans tout les cas annoncer jusqu'à 36. Sauf que si vous le faites, vous n'aurez la possibilité que de choisir Eichel comme atout. Si vous n'annoncez que 27, vous pourrez choisir les quatre couleurs (3 * 9 ≥ 27, 3 * 10 ≥ 27, etc). On peut s'arrêter à tout instant si l'on ne souhaite pas prendre. Ces enchères permettent aussi d'évaluer le jeu de l'adversaire. S'il annonce 24, puis s'arrête, il voulait probablement prendre à Eichel avec un coefficient de 2. Vous avez le valet d'Eichel, il a donc probablement le valet Grün ! Et encore, ceci est un exemple simple.
Une fois cette phase, parfois douloureuse pour les débutants (surtout que sincèrement, ce tableau est l'explication la plus claire possible je pense, essayez de l'expliquer à l'oral pour voir...), le vainqueur de l'enchère empoche les deux cartes du centre. Il enlève ensuite deux cartes de son jeu (comme le chien au tarot), pour ré-obtenir le même nombre de carte que ses camarades de jeux. Il annonce alors la couleur de l'atout (qui doit bien correspondre à ce qu'il a annoncé en terme de points, sinon c'est tricher).
Le joueur à la suite du donneur commence la partie. Il n'existe qu'une seule règle, on doit toujours fournir si on le peut. Par contre aucune obligation de couper, de sur-couper, de monter à l'atout, rien de tout cela. Il faut par contre prendre garde, les valets sont de l'atout, quelle que soit leur couleur. Si quelqu'un joue de l'atout, vous pouvez/devez les jouer. En revanche si quelqu'un joue une couleur autre que l'atout, vous n'avez pas à les jouer sauf si vous souhaitez couper.
À la fin de la partie, on compte simplement les points avec les valeurs données plus haut. Il n'y a pas de 10 de der, donc on arrive à 120 points. Le preneur gagne la partie s'il parvient à faire 61 points, sinon il chute et les 120 points vont à la défense.
Voilà pour les règles « de base », qui suffisent globalement à briller en société. Il y a ensuite de nombreuses règles qui peuvent s'ajouter, avec par exemple :
- Le jeu sans couleur d'atout. Les valets restent par contre atout (donc seulement 4 atouts dans le jeu). C'est une couleur à part entière lors des enchères, qui vaut alors 24 points
- Prendre sans le Skat (chien), qui permet un bonus d'un sur votre coefficient multiplicateur lors des enchères
- Le jeu à cartes ouvertes, qui de même donne un bonus multiplicateur pour prendre
Je finirais par dire que personnellement j'aime beaucoup ce jeu. Il a le rythme sympathique de la Belote, un certain intérêt à réfléchir au jeu des adversaires lors des enchères (et pas aussi bourrin que la coinche ou l'on connaît toutes les cartes ou presque avant le début), et les valets qui rappellent un peu les atouts au tarot (une valeur quasi nulle, mais une force de frappe incomparable).
En conclusion : moi j'aime bien 
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