mardi 22 juillet 2014

Petit retour sur le résultat des élections européennes

Les élections européennes c'était maintenant il y a bien longtemps, mais je propose un bref retour sur le résultat comparé des élections en Allemagne et en France. Pour rappel, les allemands pouvaient élire un député européen avec bien peu de suffrages. En France au contraire, le découpage en grandes régions et la méthode de calcul des sièges à la proportionnelle rend très difficile la vie des petits partis.

Pour l'Allemagne, le premier fait notable est la participation. 30 millions d'électeurs allemands étaient aux urnes (soit 48% de participation). C'est bien mieux que les années 2009 et 2004 (43%), mais aussi que 1999 (45%). De mon point de vue, il y a au moins deux raisons à ça. D'abord, la suppression de la barre des 5% motive l'électeur, il a la garantie que son vote sera utile. Ensuite, l'affichage des têtes de listes pour la présidence de la commission était un vrai débat en Allemagne. Le fait que le candidat des sociaux démocrates soit allemand y contribuait probablement.

Au delà de la participation, l'Allemagne est probablement le pays ayant envoyé le plus de partis au parlement. Grâce à la suppression de la barre, ce sont en effet pas moins de 14 partis qui seront représentés au parlement européen. Les arrondis sont très favorables aux plus petits partis. Ainsi, le parti représenté avec le moins de suffrages plafonnait à 0,63% des voix, soit 184 525 bulletins. À comparer avec le million de voix et les trois députés des libéraux.

Parmi ces petits partis, la presse française a très largement relayé l'élection du député néo-nazi. Ils auraient aussi pu noter le député de « Die Partei », un parti qui se veut humoristique. Ils ont prévenu qu'ils ne siégeraient pas, et que le principe sera de démissionner tous les mois pour faire tourner le salaire de député à l'ensemble de la liste. On a aussi le parti des familles, le parti de protection des animaux, les pirates, un petit parti écologiste, et les électeurs libres (qui est en réalité un parti de droite, implanté surtout en Bavière).

Sur les gros partis, pas de grosse surprises. Les libéraux sont une nouvelle fois KO à 3,3%. La CDU/CSU de Merkel recule, mais reste tout de même à 35% des voix. Et c'est surtout la CSU qui est en cause, ce qui est presque une bonne nouvelle pour Merkel. Le SPD se refait une santé en remontant à 27% des voix. Au total, la « grande coalition » au pouvoir aura donc obtenue 62% des voix. La seule nouveauté est la confirmation de la force des euros-sceptiques, avec 7% des voix. À voir s'ils parviennent à garder ce rôle de parti contestataire, qui change régulièrement en Allemagne. Ils pourraient être aidés par le calendrier : les élections régionales en Saxe sont en fin d'année, et la Saxe est un terreau fertile pour eux.

Et ensuite, ces députés, que sont-ils devenus ? Ils ont finalement un comportement très allemand... Si dans certains pays, il est difficile d'imaginer que plusieurs partis soient dans le même groupe au parlement, ça ne dérange personne en Allemagne. Le groupe des verts européens contient donc trois partis différents. L'extrême gauche en aura deux, tout comme les libéraux. Seuls deux députés n'ont pas rejoints de groupes (le néo-nazi, et l'humoriste).

Pour rire un peu, une petite évaluation des résultats en sièges avec le système allemand appliqué à la France. On a bien évidemment les perdants :

  • Front national : 20 sièges (contre 24)
  • UMP : 17 sièges (contre 20)
  • PS : 11 sièges (contre 13)

Les petits gagnants :

  • UDI/Modem : 8 sièges (contre 7)
  • Verts : 7 sièges (contre 6)
  • Front de gauche : 5 sièges (contre 4)

Les partis sans élus passeraient :

  • Debout la république : 3 sièges
  • Nouvelle donne : 2 sièges
  • Nous citoyens : 1 siège

jeudi 17 avril 2014

Une attaque d'extrème droite tous les deux jours à l'Est

Les nouveaux Länders, ou la partie de l'Allemagne qui était anciennement l'Allemagne de l'Est, comptent beaucoup d'extrémistes politiques. Cela se ressent à travers les résultats électoraux, notamment du NPD, un parti ouvertement néo-nazis. En 2013, ils atteignaient ainsi lors des élections fédérales plus de 10% dans une circonscription de Berlin, et plus de 5% dans la (magnifique mais parfois mal fréquentée) suisse saxonne, à côté de Dresde. Ils sont également dans deux parlements régionaux de l'Est, en Saxe et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Ces résultats électoraux sont très fortement corrélés aux agressions d'extrême droite, que la police allemande regroupe tous les ans et dont ils publient les résultats. En 2013, 65% de ces agressions sont des blessures, ou des blessures graves, ou des tentatives de meurtres. La moitié sont des actes racistes, un bon tiers des agressions contre des adversaires politiques (pas forcément actifs politiquement, il suffit de ne pas être d'extrême droite pour être concerné), et le "reste" concerne des attaques homophobes, antisémites, contre les handicapés, et même les attaques motivées par le "darwinisme social".

Ces extrêmes sont particulièrement actifs en Saxe, et 2013 est une année noire avec une augmentation de 20% des cas recensés par la police. Dans le reste de l'Allemagne de l'Est, ça augmente partout sauf en Thuringe et en Brandenbourg. Berlin, c'est un peu comme la Saxe, et se distingue également négativement, avec 185 agressions en 2013.

L'Allemagne est donc très loin d'être épargnée par les extrêmes, avec des conséquences dramatiques. C'est en moyenne une agression tous les deux jours à l'Est. Il est à mon avis toujours bon de le rappeler, surtout quand on nous vend l'Allemagne comme un pays idéal avec une économie florissante, en oubliant un peu le reste. Plus d'informations sont disponibles pour les germanophones.

mercredi 26 février 2014

Un député européen avec moins d'un pourcent des voix

Si l'Europe fixe quelques règles pour les élections européennes, les détails sont gérés par les états. Ces détails changent totalement la nature du scrutin entre les pays, et le pourcentage de voix réellement nécessaire pour obtenir des députés. En France, le découpage « grandes régions » et les règles d'arrondis avantages très fortement les gros partis, et la limite des 5% n'est qu'une illusion. L'UMP avait ainsi obtenu 40% des sièges en 2009 avec seulement 28% des voix. Et Libertas avait gagné un siège, alors qu'ils obtenaient au niveau national moins de voix que le NPA qui repartait bredouille.

En Allemagne, la règle pour les européennes c'est la circonscription unique, et un arrondi plutôt en faveur des petits partis, à condition qu'ils dépassent les 5%. Cette limite des 5% est habituelle en Allemagne, et correspond à la même limite que pour les élections fédérales.

C'est cette limite que la cour constitutionelle vient de faire sauter pour les européennes. L'argument est le suivant : au parlement européen, il y a des dizaines de partis, provenant de tous les pays, et pourtant ça semble fonctionner correctement. La limite des 5% ne doit être présente que pour les scrutins dont la présence des petits partis pourrait empêcher d'obtenir une majorité stable au parlement. Dans les autres cas, la règle est que chaque voix doit avoir la même influence. Cette limite de 5% ne respecte donc pas la constitution allemande, rendant de fait caduque le vote de nombreux allemands.

Historiquement, la cour a déjà fait sauter une fois cette limite en 2011. Le Bundestag (dont seuls les partis dépassant les 5% sont membres...) avait donc réintroduit une limite, cette fois à 3%. Cette limite n'était toujours pas acceptable pour les petits partis, qui ont lancé un recours. Et ils ont gagnés. La cour a aujourd'hui de nouveau fait sauter cette limite de 3%, supprimant de fait toute limite pour obtenir un élu.

À noter que la cour était très loin d'être unanime, c'est avec la plus courte majorité de cinq juges contre trois que cette décision est passée.

Concrètement, cela risque d'augmenter fortement la diversité des élus européens allemands. L'Allemagne dispose de 99 députés européens, ce qui rabaisse la limite effective pour obtenir un élu à environ 1% des voix. Un calcul sur les résultats de 2009 rajouterait sept partis obtenant au moins un mandat, dont le parti de protection des animaux, le parti des retraités, les pirates, mais aussi les néo-nazis du NPD. On ne peut cependant évidemment pas prédire l'évolution du comportement des électeurs, qui savent désormais qu'ils peuvent voter pour un petit parti sans que leur vote ne soit "perdu".

lundi 23 septembre 2013

Élection en Hesse

Hier, il n'y avait pas que les élections fédérales. En Hesse, on est moins fier que la Bavière, et on autorise donc les élections conjointes pour éviter d'emmerder l'électeur à se déplacer deux fois. L'inconvénient, c'est qu'on entend bien entendu moins parler de vous.

Dans ce land de taille moyenne (6 millions d'habitants), la coalition sortante était à l'image du gouvernement fédéral : noire-jaune, c'est à dire une coalition de conservateurs et de libéraux. La Hesse est traditionnellement une terre libérale, ils ont toujours été élus où presque au parlement régional (une fois absents pour un an). Je ne peux guère vous parler des enjeux politiques locaux : je n'en sais rien. D'autant plus que la campagne était relativement inaudible sous la politique nationale.

Les objectifs étaient cependant pour les Verts et le SPD de former une coalition, et pour les libéraux et conservateurs de reconduire le gouvernement. La soirée électorale a été très confuse pour eux, les résultats finaux n'arrivant que très tard, et les sondages sortis des urnes se trompant. On a pu envisager que seuls trois partis seraient représentés, ils seront finalement cinq.

Commençons par la CDU. Ils ne profitent pas de l'effet Merkel, ou presque. Ils stagnent à 38,3% (+1,1), ce qui est certes déjà pas mal, mais loin d'être extraordinaire vu la soirée. De l'autre côté, le SPD fait par contre un carton. Ils partaient certes de très loin, mais ils remontent à 30,7% (+7). Encore un signe que le SPD, au moins dans les länders, va mieux. Ce sera cependant insuffisant pour les deux pour gouverner avec leurs alliés traditionnels. Les Verts font un petit 11,1% (-2,6), ce qui sera insuffisant pour prétendre à une majorité avec le SPD. Les libéraux eux étaient donnés sortant toute la soirée, jusqu'à 2h du matin en réalité. Ils accrochent un 5,03% des voix, ce qui a peut-être sauvé la nuit de quelques personnes. Pas terrible pour une terre libérale, mais ils restent.

Et Die Linke, avec ses 5,2%, empêche une nouvelle fois les coalitions "classiques" de se mettre en place. Il reste donc soit l'alliance de toutes les gauches, la grande coalition, ou la coalition entre conservateurs et verts. Il serait logique qu'ils suivent le modèle fédéral, mais c'est loin d'être garanti.

En tout cas, si le FDP sauve sa peau, il perd un nouveau gouvernement régional. Après la Bavière, et bien d'autres, il ne reste au pouvoir que dans un seul land : la Saxe. Les élections, c'est l'an prochain... Et autre chose, cela permet de rappeler que quoi qu'il arrive, Merkel est de fait déjà sous une forme de cohabitation. Le Bundesrat est de toute façon plutôt à gauche, et une majorité passe au minimum par le SPD, et plus probablement également par les verts.

Merkel, le rouleau compresseur

Le résultat des élections d'hier est sans appel : Merkel est la grande gagnante arithmétique du scrutin. La CDU/CSU obtient un score de 41,5% des voix, et regagne 6 millions de voix par rapport à 2009 (pour un nombre de votants équivalent, la participation n'a finalement presque pas bougé). L'effet « chancelière » est incontestable, les conservateurs regagnent des voix en Bavière par rapport à la semaine dernière, et même en Hesse ou le scrutin était simultané la CDU fait mieux au niveau fédéral qu'au niveau régional. Imaginez un peu, un chef de gouvernement de droite depuis huit ans, et dont pourtant plus de 50% des électeurs de Die Linke (l'équivalent du front de gauche) sont satisfaits de son travail...

À un moment de la soirée, les sondeurs ont même vu une possibilité de majorité absolue pour Merkel, une situation qui aurait été une première depuis 50 ans. Cette idée n'a peut-être vécue qu'une demi-heure, mais l'impact psychologique est probablement très important. La CDU aurait pu gagner seule. Les électeurs de la CDU ayant tentés de sauver les libéraux doivent s'en mordre les doigts jusqu'au sang : le vote stratégique a été un désastre pour la droite.

En effet, derrière Merkel, les libéraux s'effondrent. Moins certes que les télévisions l'annonçaient en début de soirée, ils arrivent à 4,8% au niveau fédéral et dépassent tout juste les 5% en Hesse (jusqu'à 2h du matin, ils étaient donnés en dessous des 5% en Hesse). C'est un désastre pour eux, ils étaient à 15% en 2009. Ils perdent 100 députés et les moyens qui vont avec, et se retrouvent sans visibilité médiatique. Par exemple, ils n'étaient pas invités sur les plateaux de télévisions hier, car seuls les « partis parlementaires » sont invités... Humiliation à mon sens inutile pour un parti qui a encore des ministres pour quelques semaines. Et humiliation encore plus ridicule en fin de soirée, où les présentateurs avaient perdus un peu de leur assurance sur la disparition du FDP. Ils auraient eu l'air fin s'ils avaient dépassés de justesse les 5%.

Sans les libéraux, Merkel n'a donc pas de majorité naturelle, ce qui va peut-être la contrarier. La gauche est même majoritaire au parlement, avec Die Linke, Die Grünen, et le SPD. Ils ne formeront pas de coalition entre eux, mais c'est tout de même à noter. Je me demande qui des Verts ou du SPD va tenter une coalition avec Merkel. Cela fait deux fois que gouverner avec Merkel est l'équivalent d'un baiser de la mort (le SPD ne s'en est pas encore remis, le FDP est en état de mort cérébrale), il faudra être courageux pour tenter un troisième essai.

Pour les résultats en détails, le SPD remonte un peu à 25,7% (+2,7). C'est un semi-échec, l'objectif avoué était d'arriver à 30. En comparaison des autres partis, c'est cependant un excellent résultat.

Pour les Verts, c'était une mauvaise soirée. Ils descendent à 8,4% (-2,3). Pour un parti ayant fleurté avec les 25% après Fukushima, et se trouvant encore à 15% en début de campagne, c'est la douche froide. La fin de campagne était catastrophique, et cela se ressent d'ailleurs dans les votes par correspondance à Dresde, bien meilleurs pour eux que les votes à l'urne (on peut voter plusieurs semaines en avance par courrier en Allemagne). Je ne sais pas si les résultats dresdois sont comparables au reste du pays pour cette différence urne/courrier, mais si c'est le cas, ils auront de quoi avoir des regrets.

Die Linke était au contraire à la fête, malgré son net recul. Avec 8,6% des voix (-3,3), ils deviennent la troisième force politique du pays, joli pied de nez aux verts. Les pirates par contre ne bougent pas beaucoup, à 2,2% des voix. Très loin de ce qu'ils pouvaient espérer...

Pour terminer, l'autre grand gagnant de la soirée est le parti anti-euro fondé il y a six mois, l'AfD. Avec 4,7% des voix, ils frôlent l'entrée au parlement. Dans l'Est, ils dépassent les libéraux presque partout, et sont au-dessus des 5% dans toutes les régions. C'est un signe à un an des élections régionales dans les länders de l'Est, ils pourraient rentrer en force dans les parlements régionaux en remplacement des libéraux. Par contre, ils ont clairement mordus sur les voix de l'extrême droite, pas seulement sur les partis contestataires anti-Europe. Leur score en Saxe n'est pas forcément une surprise, surtout là ou les néo-nazis font traditionnellement des bons scores. À voir ce qu'ils vont devenir, il ne sera pas facile de garder un discours « propre » en façade et des soutiens plus extrêmes. Ça pourrait paradoxalement être une chance pour les libéraux, si cela permettait de se débarrasser de leurs membres les plus à droite et retrouver un positionnement centriste qui a fait leur succès dans l'histoire.

En conclusion, la droite était clairement majoritaire en voix hier. Mais du point de vue de la dispersion, ils ne pouvaient pas faire pire. Le FDP et l'AfD frôlent les 5%, mais ces voix sont perdues. Avec 0,3% des voix en plus ou en moins pour le FDP, Merkel aurait eu la majorité (seule ou avec les libéraux). Un simple problème de répartition... Cela donne une majorité des voix à la gauche en parlement, mais sans le soutien politique suffisant pour que le SDP et les Verts prennent le risque de s'allier avec Die Linke.

dimanche 22 septembre 2013

Du système de vote allemand

Les allemands votent aujourd'hui. Et il est amusant de voir des journalistes tenter d'expliquer le système de vote. La palme de l'incompétence revient cette année à Libération, avec cet article surréaliste. L'animation du Figaro n'est pas trop mal, mais souffre du même tort que celui du Monde, on sent bien qu'ils ont pris l'article vieux de quatre ans et ont tenté de rajouter un truc à la fin sur le nouveau mode de scrutin.

Reprenons donc. Depuis la réforme du scrutin, seule la seconde voix (la proportionnelle) fera le rapport de force au parlement. S'il y avait que trois partis, ayant chacun 33% des secondes voix, ils auraient chacun 33% des sièges, même si un des partis remportait 100% des premières voix. Et ainsi de suite dans des systèmes plus complexes : x% des secondes voix des partis ayant dépassé les 5% implique x% des sièges.

Alors, à quoi sert encore cette première voix ? Pas à grand chose. À choisir les députés qui seront élus parmi les grands partis (un élu directement fera un élu de moins élu sur la liste), et à garantir la présence d'un élu dans chacune des 299 circonscriptions. Point. Ce que vous pouvez lire dans l'article du Monde sur les stratégies de voix différentes pour obtenir plus de sièges sur une coalition était vrai avant, mais plus maintenant.

Pour aller dans le détail, le système de calcul de ces sièges est cependant très vraiment très complexe, et relativement amusant. Mais n'intéresse pas grand monde hormis les candidats. Comme les élus directs sont toujours élus, il y a un mécanisme de compensation du nombre de sièges pour les autres partis si un parti obtient trop de mandats. Il est donc impossible de savoir le nombre de députés qui sortira des élections allemandes. Un minimum de 598 est certain, mais ensuite certains calculs laissent penser qu'ils pourraient être jusqu'à 800 (il faudrait alors pousser les murs, ils étaient 621 aux dernières élections). Si vous êtes en fin de liste d'un parti, vous aurez probablement envie que ce soit plus proche de 800 que de 621...

Autre effet amusant, si un parti gagne des mandats directs, il peut du coup perdre des sièges (ainsi que tout les autres partis certes, comme déjà dit le rapport de force ne change pas). Voici par exemple une simulation sur les élections de 2009 :

(source : spektrum.de))

À gauche, le nombre de sièges qu'aurait obtenu le SPD au total avec le nouveau mode de scrutin. En bas, le nombre de mandats directs obtenus en plus ou en moins par rapport aux résultats réels. En perdant 7 circonscriptions, ils auraient eu 170 sièges. En gagnant 9 circonscriptions supplémentaires, 157 sièges. Ça laisse imaginer les variations que cela peut donner au nombre total des députés, car les autres partis gagnent/perdent aussi des sièges dans le même mouvement. Donc, si vous êtes allemands, que vous voulez diminuer le nombre de députés : votez SPD en première voix... Au contraire, un bon moyen de faire exploser le nombre de députés est de voter CSU en Bavière en première voix et pas en seconde.

mercredi 18 septembre 2013

La bavière a voté

C'est avec un peu de latence qu'arrive cet article. La Bavière votait donc dimanche dernier, et à une semaine des élections fédérales, on peut parler d'un match nul en terme d'impact.

Comme prévu, la CSU fait un score énorme et obtient 47,7% des voix. Celui lui assure la majorité absolue, qu'elle a normalement presque toujours (la législature précédente était un séisme vu qu'ils ne l'avaient pas...). C'est une semi-bonne nouvelle pour Merkel. Son allié est en excellente forme, et les électeurs conservateurs semblent capables de se mobiliser. Malheureusement, ça risque de rendre la CSU encore plus remuante au niveau fédéral. Et si Merkel a recentré la CDU (parti qu'elle a également mis complètement au pas), il en est pas de même de la CSU qui n'a de compte à rendre qu'aux électeurs de Bavière, et peut donc être très énervant pour un gouvernement d'Allemagne. Certains journaux parlent « d'opposition à l'intérieur du gouvernement » pour la CSU.

Le second « vainqueur » du scrutin est le SPD. Avec un gain de 2 point de pourcentage des voix, ils peuvent être heureux, malgré un score pas flamboyant de 20,6%. C'est la première fois depuis très longtemps que le SPD ne perd pas des voix en Bavière, et ils ont fait mieux que les sondages prédisaient. Bref, ils sont presque heureux. Surtout en comparaison des autres partis.

En effet, derrière, c'est l'hécatombe. Les libéraux du FDP font un score misérable de 3% (contre 8% en 2008). Ils sortent du parlement régional, et ont maintenant très peur de sortir également du parlement fédéral. Mauvaise journée, ils passent du coup en mode « tous les coups sont permis », j'y reviendrai.

Pour les Verts, ils chutent de 9,4 à 8,6% des voix. C'est la confirmation que les Verts n'arrivent pas à convaincre dans cette campagne. Ils étaient auparavant bien positionnés, mais ils ne font que chuter depuis le mois d'août. Je ne sais pas d'où ça vient exactement, mais ils sont en tout cas le parti qui a le plus fluctué.

Pour les « électeurs libres », un parti populiste régional de droite anti-euro, c'est pas la joie non plus (je dis régional car ils n'ont jamais percés ailleurs, mais ils tentent de s'implanter partout en théorie). Ils passent de plus de 10% à 9%.

Enfin, dans l'opposition non parlementaire, Die Linke passe de 4,3% à 2,1%. Les Pirates obtiennent 2%. Et plein d'autres petits partis accumulent tout de même beaucoup de voix. En prenant tous les partis non représentés au parlement, on obtient tout de même 14% des voix. C'est beaucoup pour l'Allemagne, je pense que ça ressemble à un record pour la Bavière. J'y vois un signe d'insatisfaction envers les « gros » partis.

Donc au global, Merkel est semi-heureuse de la victoire de la CSU. La défaite des libéraux semble diminuer les chances de reconduire une coalition avec eux au niveau fédéral. Pour le SPD, la mauvaise santé des Verts efface doucement leurs derniers espoirs de construire un gouvernement avec eux. Je crois que pas grand monde au niveau fédéral ne peut se satisfaire de ce résultat bavarois.

Après, les conséquences. Le FDP a confirmation qu'ils luttent pour leur survie politique. Et pour ses dirigeants, ils luttent pour leurs sièges de députés, même s'ils sont têtes de listes. Ils sont donc prêts à tout, et arrivent au niveau zéro de la campagne électorale. On voit ainsi des affiches « évitez une coalition rouge-rouge-verte », dont tout le monde sait bien qu'elle est totalement improbable. C'est déjà prendre ses électeurs pour des cons. Cependant, le pompon arrive sur la même affiche en rajoutant « la seconde voix pour le FDP ». En effet, les allemands ont deux voix, une pour le candidat élu directement dans la circonscription et une pour la part proportionnelle. Le message implicite est donc de voter CDU avec la première, et FDP avec la seconde, pour optimiser l'utilisation des voix. Ça marchait un peu avant. Le code électoral a cependant été douloureusement réformé, et seule la seconde voix est désormais utile pour le rapport de force entre les partis. La première ne sert qu'à choisir qui sera élu dans les grands partis. Une voix de la CDU pour le FDP ne fait dont qu'affaiblir la CDU, mais n'augmentera pas les chances de former une coalition avec le FDP, ne changeant pas le rapport de force global droite/gauche. C'est donc prendre des gens pour des abrutis, en espérant que la réforme du code électoral ne connaisse pas une trop grande publicité (et ça peut marcher, beaucoup d'allemands ne comprennent pas du tout comment ça marche...).

Cette stratégie énerve profondément la CDU, qui n'a pas envie de perdre des voix (étonnamment). S'il n'y a qu'un transfert de voix de la CDU vers le FDP, ça ne suffira pas pour obtenir une majorité, il faut que le FDP arrive à convaincre son électorat habituel. On verra cependant dimanche si la stratégie du FDP était bonne, au moins pour sauver leurs fesses...

mercredi 4 septembre 2013

Ça bougerait presque

J'ai suivi le débat entre Merkel et Steinbrück dimanche dernier, entouré d'un petit groupe d'amis allemands. On était très loin de la foire d'empoigne que j'ai pu voir sur des débats en France. En effet, les candidats ne sont pas censés se parler directement... Leurs seuls interlocuteurs sont les journalistes, même s'ils font parfois des exceptions à la règle pour se répondre directement. Les interactions restent cependant très limitées.

Le défaut de la méthode, c'est que les candidats ont parfois très envie de répondre à côté de la question. Mais c'est aux journalistes de recadrer en théorie si ça va trop loin. Ils ont beaucoup parlé de la Grèce, ainsi que de l'introduction de l'équivalent d'un SMIC en Allemagne, et de la surveillance généralisée par la NSA. Rien de neuf pour quelqu'un s'informant un peu sur la vie politique, mais les 90 minutes étaient probablement un bon résumé de la campagne.

En bref, le sentiment général à la fin était que Steinbrück était bien meilleur que prévu. Même si les attentes étaient loin d'être folles, il a fait jeu égal avec Merkel (c'est à la fois l'opinion « en direct » de mon groupe absolument pas représentatif et des sondages). Mieux, d'après les sondages, il aurait réussi une performance auprès du groupe des votants qui n'ont pas encore pris de décision. Ceux qui sont finalement a priori les plus importants, le débat n'est pas là pour retourner quelqu'un de déterminer.

Tout ça permet de relancer un peu la campagne. On s'ennuie moins. Le SPD fait semblant d'y croire, et il semblerait que les militants soient remotivés. De l'autre côté, Merkel a ressorti l'épouvantail Die Linke. L'idée est de mobiliser l'électorat de droite, en faisant croire qu'une coalition entre l'extrême gauche, le SPD et les Verts est possible. Elle avait déjà tentée ce refrain en 2008, ce qui Steinbrück lui a d'ailleurs fait remarquer en 2008. Cette coalition est pour moi (et pas que moi), complètement improbable. En voici les raisons :

  • Le SPD est contre. Si à l'Est il est possible de faire des coalitions avec Die Linke (uniquement si le SPD est le premier parti, il est hors de question de faire élire un ministre-président Die Linke), les factions du SPD en ex-allemagne de l'ouest ne veulent pas en entendre parler. Steinbrück a très bien expliqué lors du débat pourquoi il y était opposé.
  • Die Linke est contre. Coopérer avec le SPD, ce serait probablement se saborder. Leurs demandes sont trop éloignées du programme du SPD pour espérer arriver à un compromis.
  • Si par miracle ces deux premiers partis s'entendaient, les Grünen ne veulent pas entendre parler de faire partie d'une telle coalition. Les Grünen, c'est aussi « Bündnis 90 », des opposants au régime communiste en ex-allemagne de l'Est. Personne ne peut imaginer sérieusement que ces gens là puissent travailler avec Die Linke, qui est (hélas encore) rempli de nostalgiques de la période.

Pourtant, ça doit probablement marcher, si Merkel et les libéraux tentent d'en faire un thème de campagne... C'est un peu triste cependant d'en être réduit à ça pour mobiliser son électorat (dont beaucoup se satisferaient d'une grande coalition, comme je l'ai déjà dit).

Ce soir, c'était le débat pour les élections régionales en Bavière du 15 septembre. Je suis curieux de voir l'influence de ces élections sur les élections fédérales.

samedi 31 août 2013

La non-campagne allemande

Alors que certains journaux européens attendent parfois beaucoup des élections allemandes, on ne peut pas dire que la campagne mobilise les foules dans le pays en question. L'été a ainsi été très calme, avec seulement de temps en temps quelques réactions au scandale PRISM et de l'intense coopération des services secrets allemands avec la NSA. Scandale qui semble n'avoir favorisé personne, les deux grands partis étant mouillés jusqu'au cou dans ce problème.

Ensuite, de toute façon, Merkel ne veut pas faire campagne. Sa popularité est tellement élevée que la CDU ne fait campagne que sur son nom. C'est d'autant plus simple que le candidat SPD est très impopulaire. En cas de vote direct à la chancellerie, il serait écrasé encore plus qu'il ne risque de l'être le 22 septembre. Donc, on se fait chier... Pas de débat sur les programmes, parfois quelques attaques sur l'Europe qui réveillent un peu. Mais de même que pour PRISM, ce débat est loin d'être assez clivant pour réveiller la population (Merkel cache le coût réel du sauvetage à la Grèce, mais a beau jeu de répondre que l'entrée de la Grèce dans l'euro était une erreur et de la responsabilité du SPD, ça vole très haut). On peut espérer que le débat télévisé de ce week-end changera quelque chose, mais je n'y crois pas trop.

En attendant, un rapide état des lieux des différents partis présents.

Les deux grosses écuries

Les chanceliers allemands ne proviennent depuis 1949 que de deux partis, la CDU et le SPD. Ce sont les deux « Volkspartei », avec environ 500 000 adhérents chacun. Ils amasseront encore à eux deux une grande majorité des votes des allemands, et ceci même si le SPD a perdu de sa superbe depuis 2009 (et n'a pas l'air d'être en état de complètement se relever).

La différence de programme entre les deux partis n'est pas énorme. Merkel a largement recentrée la CDU, qui a tendance à récupérer les idées populaires du SPD. Ainsi, on a même vu la CDU dire être capable d'accepter un salaire minimum en Allemagne. C'est complètement nouveau, et signe des temps. Il y a globalement deux partis sociaux-démocrates en Allemagne, qui n'excluent d'ailleurs pas de gouverner ensemble si nécessaire. Du côté des sondages, la CDU tourne actuellement autour de 39 à 41% (pour 33,8% en 2009), pendant que le SPD plafonne entre 22 et 26% (23% en 2009, mais un score « normal » devrait être au minimum de 35%). La CDU ne dort cependant pas totalement tranquille, car les sondages ont tendance à être au dessus de ses résultats réels.

Ceux qui seront au Bundestag

Pour entrer au Bundestag, il faut dépasser la barrière des 5%. Deux autres partis sont certains de dépasser cette limite : Die Grünen (verts), et Die Linke (parti de gauche et ex-communiste). Les verts flottent actuellement entre 10 et 15%, ce qui est déjà un très bon résultat pour eux (10,7% en 2009). Ils sont cependant très loin des vagues vertes de 2011 à la suite de la catastrophe de Fukushima, qui les avaient notamment propulsés à la tête d'un Land. Si le programme reste bien évidemment écologiste, il est également très social et « de gauche », avec des augmentations d'impôts pour financer de nouvelles prestations sociales. S'il était à un moment envisagé que la CDU s'allie aux verts à partir de 2013, leur programme et les déclarations des dirigeants sont relativement claires : ce sera non. Ils devraient être pour la première fois la troisième force politique du pays, contre cinquième en 2009.

Pour Die Linke, on peut s'attendre à une légère chute après le record de 2009 ou ils frôlaient les 12%. Oskar Lafontaine n'est plus là pour mobiliser les foules, et les critiques sur la finance portent peut-être moins maintenant. Ils seront cependant sans soucis qualifiés avec pour le moment entre 7 et 9% d'intention de vote. Leur fond de commerce reste à l'Est, ou ils peuvent dépasser 30% des voix. J'ai d'ailleurs parfois été un peu surpris par certaines affiches de campagne, ou ils jouent clairement sur la notion d'Allemagne de l'Est.

L'énigme du scrutin

Les libéraux sont pour le moment la vraie question du scrutin. S'ils dépassent les 5%, Merkel devrait pouvoir reconduire la coalition avec eux. Dans le cas contraire, une grande coalition avec le SPD est le plus probable. Si les allemands devaient voter pour une coalition, une majorité souhaite une grande coalition (ce qui est assez nouveau comme idée). Les libéraux sont très très impopulaires, même parmi les partisans de Merkel. Ils étaient tout proche des 15% en 2009, et se battent désormais pour la survie au dessus des 5%. Les derniers sondages sont un peu plus encourageants car ils dépassent à chaque fois les 5%, après avoir été très longtemps en dessous.

Je ne sais pas trop ce que Merkel attend vraiment d'eux. Reconduire une coalition avec un partenaire dont le nombre de voix a été divisé par trois ne sera pas simple politiquement, même s'ils restent au parlement. Surtout qu'il se dégage une légère odeur nauséabonde de leur campagne, j'ai entendu des allemands être choqués de la proximité de leur campagne avec celle des néo-nazis.

Les petits

Il y a beaucoup de petits partis, on totalise plus de 30 partis dans la course (les plus petits n'étant pas candidats partout). Deux sont probablement notables : Alternative für Deutschland, et les Pirates. Pour le premier, ce sont des déçus des conservateurs et des libéraux, qui veulent sortir de l'Euro. Un parti plus à droite que la CDU, mais qui se veut respectable. Je n'aime pas leurs idées, mais je suis content qu'ils existent pour le débat public. La droite de la CDU vaut mieux que les néo-nazis, surtout avec le recentrage opéré par Merkel. Ils plafonnent pour le moment à 3%, il faut voir s'ils arriveront à convaincre suffisamment de libéraux qu'il est temps de retourner sa veste.

Pour les pirates, ont très loin de l'enthousiasme des dernières années. Après beaucoup de querelles internes, leur image est dramatique dans l'opinion. Curieusement, ils ont été incapables de profiter du scandale PRISM. Le problème de la surveillance et de la protection des citoyens face à l'état est pourtant leur cœur politique. Ils sont actuellement entre 2 et 3%, voir même ils ne sont plus sondés (ils n'apparaissent plus dans les résultats des deux derniers sondages). Il va être difficile pour eux de remonter la pente en moins d'un mois.

La blague bavaroise

La Bavière devait renouveler son parlement régional à l'automne 2013. Ils auraient pu organiser le vote le même jour que les élections fédérales, mais ça aurait été se priver d'une exposition médiatique très importante. Ils ont donc choisi la semaine précédente, les électeurs devront se déplacer deux fois.

On est très loin d'un « premier tour » des élections, car la Bavière est très à droite et il n'y a pas de surprises à attendre de ce côté là. Le résultat sera catastrophique pour le SPD, excellent pour la CSU (la branche conservatrice bavaroise). Ils resteront cependant très intéressants pour caler les sondages sur des résultats réels. Les résultats des verts/libéraux/pirates sera donc instructif, et modifiera peut-être le résultat final. Du fait de la barrière des 5%, un parti qui arrive à prouver qu'il peut le faire peut avoir un appel d'air de voix (les allemands n'aiment pas voter dans le vent). Au contraire, ne pas dépasser les 5% sera une très mauvaise nouvelle pour les libéraux et les pirates.

jeudi 18 avril 2013

Résoudre les problèmes de mémoire sur les cartes mv643xx_eth

Les cartes réseaux mv643xx_eth c'est ce qui équipe des équipements comme les GuruPlug, les DreamPlugs, probablement les SheevaPlugs et d'autres équipements du même genre.

Malheureusement, ces cartes ont un problème de pilote dans le noyau Debian Wheezy. Le problème se déclare lors d'utilisation de paquets encapsulés (IPSec, GRE, 6to4, et plein d'autres trucs) avec un peu de charge réseau (1,5Mb/s suffit chez moi à poser des soucis). On obtient dans ce cas là une belle trace kernel commençant environ par :

swapper: page allocation failure: order:8, mode:0x20

Hormis ça, le reste semble marcher. On a de la perte de paquets (logique, celui qui déclenche la trace est détruit). Une analyse plus fine montre quand même que le Kernel prend une mémoire folle (plus de 80Mo de RAM pour un simple flux IPSec), et que le débit n'est idéal alors que la bande passante n'est pas saturé et le processeur loin surchargé... J'avais déjà enquêté sur le problème en août, mais je n'avais pas trouvé de solution. Le Kernel semblait allouer des pages contiguës énormes pour un simple paquet (on peut monter jusqu'à un order:10 si on défragmente la mémoire avant), sans aucun lien avec les ressources normalement nécessaires. J'avais tout de même réussi à isoler ce commit, mais par manque de temps et de piste j'avais abandonné (et j'avais configuré mon tunnel IPSec pour utiliser un autre serveur). Les joies d'utiliser du matériel un peu exotique, pour des utilisations très exotiques.

J'ai trouvé aujourd'hui un peu par hasard la solution, ici. Et il y a même le patch qui va bien. J'ai testé ce patch en l'appliquant sur mv643xx_eth.c uniquement, dans l'objectif de recompiler que le module. Et ça a marché :) Plus d'erreurs mémoire, un débit logique, plus d'utilisation incompréhensible de la RAM, tout va pour le mieux.

Et grand merci à Cyril pour son soutien pendant mes recherches en août. Et pour avoir résolu un autre problème très emmerdant sur un autre ordinateur.

mardi 22 janvier 2013

De la petite majorité, des mandats complémentaires, du système de vote...

Je vous ai parlé de la très courte majorité en Basse-Saxe du SPD et des verts. Et bien des gens que j'aime bien, qui s'amusent toujours à décortiquer les règles de scrutins et les sondages, ont calculé comment l'élection aurait pu basculer.

C'est encore le coup des mandats supplémentaires qui est en cause, avec une légère variante car le droit de Basse-Saxe introduit la notion de mandats de compensation (comme la plupart des régions, le niveau fédéral ne le fait pas). En théorie donc, pour chaque mandat supplémentaire obtenu, un mandat est redistribué aux autres partis. Avec les règles d'arrondis, ça peut faire des choses "amusantes". Par exemple, si la CDU avait gagné un siège direct de plus, c'est le FDP qui aurait remporté le mandat complémentaire, et hop majorité pour la droite. Encore un autre de plus, et la droite/gauche arrive exactement à l'équilibre. Sachant que deux circonscriptions se sont jouées respectivement à 336 et 406 voix, ça laisse rêveur.

Autre calcul, les voix "d'emprunt". C'est ce dont je parlais dans le précédent billet, des conservateurs qui votent libéral pour obtenir une coalition de droite. Le calcul confirme ce qu'on savait déjà : c'est une bonne idée de le faire. Avec 2000 voix d'emprunt supplémentaire entre les conservateurs et les libéraux, la droite aurait la majorité (car ça augmente de fait les mandats complémentaires. Sauf que les libéraux obtiennent une partie de ces mandats, renforçant la différence droite/gauche).

Les conservateurs avaient pas mal fait campagne sur ce mécanisme. Il paraît que c'est promis, ils ne recommenceront pas, et aux élections fédérales ce sera du chacun pour soit. Je me permet d'en douter. Ce serait en tout cas très bête pour des électeurs souhaitant une coalition rouge/verte ou jaune/noir de ne pas profiter des failles du scrutin. En votant différemment entre la première et la seconde voix, on augmente l'impact de son vote, surtout pour les scrutins serrés. Le site en question promet de publier les meilleures stratégies de vote selon les circonscriptions et ce que l'on souhaite provoquer pour les élections fédérales, je suis curieux de voir ça.

lundi 21 janvier 2013

Basse-Saxe, mauvaise nouvelle pour Merkel

Cette année, c'est les élections fédérales en Allemagne, et Angela Merkel remettra en jeu son poste de chancelier à la fin de l'année. Les éventuelles élections intermédiaires sont donc scrutées de près, mais il y en a peu. En gros, sauf chute de coalition (qui peut toujours se produire), il y a cette année la Basse-Saxe et la Bavière, et peut-être la Hesse. Pour la Bavière, ce sera probablement juste avant les élections fédérales (car « la région de Bavière est trop importante pour organiser le vote la même journée que le fédéral », en gros). Pour la Hesse, ce sera après.

On a donc notre scrutin de Basse-Saxe qui sert de test à six mois des élections fédérales, avant un gros vide. Et c'est pas un petit morceau, avec 8 millions d'habitants c'est le quatrième état le plus peuplé. En plus, il a le bon goût de récemment toujours voter comme l'Allemagne le fait au niveau fédéral.

En coalition sortante, on avait une classique alliance Noire-Jaune, à savoir les libéraux et les conservateurs d'Angela Merkel. Je vous ai déjà écrit plusieurs fois ici dans quel état pouvaient être les libéraux, et leur nouveau chef jouait sa tête sur le scrutin. S'ils ne dépassaient pas les 5% (comme l'annonçait tous les sondages ou presque), on pouvait s'attendre à une nouvelle crise (le président actuel du FDP venant de Basse-Saxe).

Et bien entendu, les traditionnelles voix du Bundesrat étaient en jeu. Merkel a déjà perdu depuis longtemps la majorité dans la chambre haute, mais ce n'était pour autant pas encore une situation de majorité pour les verts et le SPD (on peut être "neutre" quand les coalitions régionales ne sont pas d'accord sur un texte de loi). Avec 6 voix de plus, l'opposition sera en situation de majorité constructive.

Et pour les résultats, ça donne :

  • CDU :36,0% (-6,5%), 54 sièges
  • SPD : 32,6% (+2,3%), 49 sièges
  • Verts : 13,7% (+5,7%), 20 sièges
  • FDP : 9,9% (+1,7%), 14 sièges
  • Die Linke : 3,1% (-4,0%)
  • Pirates : 2,1%

Le SPD et les Verts arrachent donc d'une voix la majorité. La gauche de la gauche sort du parlement, ils n'auront pas réussi à y rester plus d'un mandat. Les pirates ne parviennent pas à transformer non plus la vague qui les portait depuis quelques élections, ce qui profite très certainement aux verts.

Dans le détail de la droite, on pourrait se dire « tout est de la faute de la CDU », avec des libéraux qui parviennent à un score historique de presque 10%. Mais tous les journaux semblent dire l'inverse. Ce qui s'est probablement passé en réalité, c'est qu'une partie de la droite a eu peur que le FDP disparaisse de nouveau d'un parlement régional, empêchant toute chance de coalition. Les électeurs de la CDU se sont donc portés massivement sur le FDP pour qu'ils dépassent les 5%, avec un effet assez impressionnant. D'ailleurs en première voix, pour l'élection directe des candidats, ils dépassent à peine les 3%. On est probablement beaucoup plus dans le coup de bol et l'effet sondage qu'une véritable adhésion.

Pour Merkel, c'est donc une mauvaise nouvelle. Elle perd encore un parlement régional. Elle va avoir un Bundesrat encore plus emmerdant qu'avant. Elle ne peut pas compter sur les libéraux, qui ne s'en sortent qu'en prenant des voix temporairement à la CDU. Le SPD s'en sort requinqué, après quelques semaines difficiles de critiques de leur candidat à la chancellerie. La CDU reste encore et toujours le premier parti, mais le manque d'espoir de former une coalition risque de peser le 22 septembre.

vendredi 18 mai 2012

Le presque nouvel aéroport berlinois

L'Aéroport de Berlin-Brandenburg (ou BER), c'est un énorme projet pour rénover l'accès aérien à Berlin. La construction a commencé en 2006, l'objectif est de n'avoir plus qu'un seul aéroport à Berlin (et donc de fermer l'aéroport de Tegel).

Pour un habitant de Dresde, l'aéroport changera pas mal de trucs. Il est situé au sud de Berlin, juste à côté de l'autoroute pour aller à Dresde. À un peu plus d'une heure de route, c'est un véritable aéroport international qui sera à disposition (l'aéroport de Schönefeld actuel étant pratique, mais manquant un peu de destinations...). On peut même espérer une liaison plus où moins directe en train, en rêvant un peu.

Ce rêve était prévu pour le 3 juin 2012. Dans deux semaines, donc. Il s'est transformé en cauchemar il y a peu. Le 8 mai (soit moins d'un mois avant l'ouverture, il faut quand même le noter) un report a été annoncé. Pas de date précise cependant, c'était juste un « on est dans la merde ». Pourtant, des publicités étaient déjà visibles à Berlin pour promouvoir les nouvelles lignes (notamment pour Air Berlin, qui comptait beaucoup dessus). J'ai ainsi reçu un email d'easyjet qui disait globalement « pour nous ça ne change rien, car on a toujours accès à l'aéroport de Schönefeld, ne vous inquiétez pas ».

L'étendu des dégâts a été annoncé hier. L'ouverture est reportée au 13 mars, 2013... L'excuse officielle est « on pourrait ouvrir avant, mais avec l'hiver, ce ne serait pas pertinent. C'est depuis un vrai florilège de réaction. C'est une catastrophe pour pas mal de monde, avec au premier plan les länder de Berlin, du Brandebourg, et de l'état fédéral. Il va falloir décider qui va payer :

  • La prolongation des travaux
  • Les pénalités aux compagnies aériennes dont les vols étaient prévus
  • Tous les effets secondaires divers et variés (les petites entreprises devant profiter de l'aéroport, notamment. Et la Deutsche Bahn qui ne pourra pas ouvrir ses nouvelles liaisons ferroviaires, etc).

L'opposition verte à Berlin parle d'une facture d'un demi-milliard d'euros. Pour le moment, aucun bilan officiel n'existe. Il est probable que personne ne sache chiffrer les dégâts que cela va provoquer. Un bon angle d'attaque pour les pirates, qui appellent à une plus grande transparence politique.

Et pour moi, c'est emmerdant de se dire que l'aéroport prévu n'ouvrira pas... Pour tous les clients avec des vols déjà prévus, c'est probablement un renvoi vers Tegel qui va être mis en place. Pour les nouvelles destinations prévues, j'avoue que je me demande comment ils vont s'en tirer. Pour Air Berlin, qui comptait installer son gros hub sur place (un tiers des vols prévus du nouvel aéroport étaient d'Air Berlin), les temps vont également être durs.

lundi 14 mai 2012

Le Nordrhein-Westfalen a voté

Et voilà, les électeurs du NRW ont voté. Comme il s'agit quand même de la plus grosse région allemande, on peut le lire dans tous les journaux français. Concrètement, c'est tout de même plus de 13 millions d'électeurs qui étaient appelés aux urnes dimanche.

C'est presque 8 millions qui se sont déplacés, et qui ont offerts une victoire à la coalition SPD/Grünen. Et une belle débâcle pour la CDU. Plus précisément, voici les résultats :

  • SPD 39% (+4)
  • CDU 26% (-8)
  • Grüne 11% (-1)
  • FDP 8,5% (+2)
  • Piraten 7,8% (+6,3)
  • Linke 2,5% (-3,1)

Pour la CDU, c'est le plus mauvais score de son histoire dans ce Land. Certes, le Land est traditionnellement à gauche, Mais il faut quand même s'imaginer que la CDU était à presque 45% en 2005, dans cette même région. Pour la coalition fédérale au pouvoir, la bonne nouvelle est que les libéraux s'en sortent très bien. Je ne saurais expliquer pourquoi. Il y a deux mois ils étaient donnés comme morts, et voilà deux week-end de suite où ils réalisent de très bons résultats. La mauvaise nouvelle, c'est que les voix des libéraux proviennent surtout de la CDU (observer la différence entre première et seconde voix est à sujet très drôle).

Le SPD réalise un très bon score. Il est même en tête dans 99 des 128 circonscriptions, provoquant une chambre beaucoup plus grande que la précédente à coup de mandats supplémentaires/complémentaires. Il va pouvoir former une coalition stable avec les Verts, en remplacement du gouvernement minoritaire précédent. Les Verts eux n'évoluent pas énormément, une partie de leur électorat allant maintenant voir vers les pirates.

Les pirates entrent dans leur quatrième parlement régional. C'est un bon signe pour eux en vue des élections fédérales de l'an prochain. Ils ont rassemblés 600 000 voix, ce qui est bien plus que la somme des trois parlements précédents (Berlin, la Sarre, et le Schleswig-Holstein n'étant pas les régions les plus peuplées...). Une nouvelle fois, ils ont probablement remplacé Die Linke dans la catégorie « vote protestataire », et ce parti ne parvient pas à rester au dessus des 5%.

C'était, sauf surprise (coalition qui se déchire), la dernière élection de l'année. Les prochains rendez-vous électoraux en 2013 sont la Basse-Saxe, la Hesse et la Bavière. Il est amusant de constater que dans ces trois régions, les conservateurs et les libéraux sont au pouvoir. Avec les élections fédérales, l'année électorale sera compliquée pour eux, ils devront partout défendre leurs bilans.

mercredi 9 mai 2012

Élections en Schleswig-Holstein

La Grèce, la Serbie et la France n'étaient pas les seuls pays européens à voter ce dimanche. Le Schleswig-Holstein, ce petit land au nord de l'Allemagne à la frontière avec le Danemark, était aussi de la partie. La dernière élection avait pourtant eu lieu en septembre 2009, mais la cour constitutionnelle locale avait exigée un retour aux urnes suite à des batailles sur les résultats électoraux. La CDU et le FDP avaient obtenus la majorité des sièges grâce aux « mandats supplémentaires », que j'ai déjà décrit dans un autre contexte. Le problème c'est que le calcul des mandats de compensation n'était pas clair, et que la commission électorale s'est divisée sur le sujet. La CDU et le FDP ayant obtenus moins de voix que les partis d'opposition, les résultats définitifs ont été attaqués à la cour constitutionnelle, qui a exigée un nouveau vote.

Après un peu d'ordre dans le code électoral pour éviter que ce genre de choses se reproduisent, l'assemblée régionale s'est donc auto-dissolue avant l'ultimatum fixé par la cour constitutionnelle. Et les électeurs sont donc retournés (où pas, d'ailleurs) aux urnes ce dimanche.

En coalition sortante, on avait donc une alliance classique conservateurs/libéraux. En particularité régionale, le SSW est un petit parti représentant la minorité danoise. Cette minorité est protégée par les constitutions fédérales et régionales (comme les sorabes en Saxe), et le parti est notamment libéré de l'obligation d'obtenir 5% des voix pour être au parlement, ils peuvent obtenir des sièges même en étant en dessous de la limite.

À la sortie des urnes, la coalition de droite perd sa majorité (une nouvelle région à problème pour Merkel). La grande gagnante de l'élection est tout d'abord l'abstention, avec une participation à 60% contre 73 il y a deux ans et demi. En résultat détaillés, ça donne :

  • CDU : 30,8%, 22 sièges (-0,7%).
  • SPD : 30,4%, 22 sièges (+5%)
  • Grünen : 13,2%, 10 sièges (+0,8%)
  • FDP : 8,2%, 6 sièges (-6,7%)
  • Piraten : 8,2%, 6 sièges (+6,4%)
  • SSW : 4,6%, 3 sièges (+0,3%)
  • Die Linke : 2,2% (-3,8%)

La CDU stagne, un peu comme d'habitude... Le SPD reprend un peu des couleurs, mais il faut imaginer qu'ils étaient à 39% en 2005 et à 43% en 2000, ils sont encore très loin de leurs résultats historiques.

Dans les « petits » partis, les verts progressent mais sont très loin des sondages de l'an dernier, qui les faisaient pointer à plus de 20%. La faute est notamment imputée au parti Pirate, qui rentre une nouvelle fois dans un parlement régional (3/3 sur les dernières élections), et de belle façon. Une autre potentielle victime des pirates est l'extrême gauche, représentée par Die Linke, qui sort du parlement.

La surprise vient des libéraux, qui se maintiennent au parlement malgré un très net recul. Ils ont effectué un changement de chef apparemment très judicieux, leur tête de liste ayant une très bonne image auprès de la population locale. Cela ne présage en rien de la popularité réelle du FDP au niveau national, mais leur donne certainement un peu d'air.

Pour la coalition à venir, ce sera probablement un mélange SPD/Grünen/SSW. Le SPD et les Grünen avaient annoncés vouloir gouverner ensemble, mais la poussée des pirates rend une telle alliance insuffisante. Le SSW ayant un programme proche de l'aile gauche du SPD, ils se sont proposés pour entrer au gouvernement. Avec leur soutien, la coalition obtiendrait exactement la majorité des voix. Les Grünen et le SPD ont déjà acceptés leurs principales revendications en faveur de la majorité danoise, et le SSW multiplie les messages pour expliquer qu'ils sont « fiables » et ne couleront pas le gouvernement dans 2 mois (comme la majorité ne tient qu'à une voix, il va falloir une discipline parlementaire importante). Un point de friction est entre les verts et le SSW, ces derniers souhaitant développer les autoroutes vers le Danemark. Mais rien de complètement bloquant, les négociations devraient donc aboutir.

Une telle coalition serait une première en Allemagne. En effet, jamais un parti représentant des minorités et exonérés de la barre des 5% n'a participé à une coalition.

Le gouvernement pourrait également être soutenu par les pirates, même si une entrée dans les ministères est improbable. En échange d'avancée sur les thèmes de prédilections des pirates, ils pourraient voter la confiance à la coalition rouge/verte/danoise. Le chef des pirates s'est en tout cas engagé à ne pas faire dans l'opposition systématique et à soutenir les projets proches de leurs idées.

Et dimanche prochain, élection dans le NRW, normalement le dernier grand rendez-vous électoral allemand cette année.

lundi 23 avril 2012

Voter à Parizer Platz

Pour voter à Berlin, il faut être un peu patient. Avec plus de 5000 votants, l'ambassade est relativement surchargée une grande partie de la journée (de 11h à 18h d'après mes sources). J'ai ainsi attendu une heure pour réussir à voter (et je ne compte pas le temps de voyage là-dedans...).

Les résultats sont maintenant disponibles sur le site de l'ambassade. Et j'ai fait un tableau très moche qui calcule les pourcentages (pour les couleurs, rouge clair premier, bleu second, orange troisième, vert quatrième, rouge foncé cinquième). Le moins que l'on puisse dire, c'est que les français en Allemagne ne votent pas comme les résidents en France. Comme on peut s'y attendre, le score de Marine Le Pen est anecdotique, et de manière général tous les souverainistes reculent fortement. Le score d'Eva Joly est par contre probablement l'un de ses meilleurs résultats. Elle se permet même de prendre la troisième place sur le consulat Berlinois, à seulement 2,5% de Nicolas Sarkozy (et d'après la section PS berlinoise, Eva Joly est même première sur Berlin seul).

Autre enseignement, les résultats sont également bien différents de la moyenne des français établis hors de France, qui plébiscitent Nicolas Sarkozy au premier tour.

lundi 26 mars 2012

Élections en Sarre

Et voilà la suite de la chute du gouvernement en Sarre. Il n'y avait plus trop de suspens sur le gouvernement à venir, depuis que le SPD avait exclu un gouvernement avec Die Linke et émis le souhait de former une grande coalition avec la CDU. Le SPD l'a d'ailleurs probablement payé, avec un résultat inférieur à ce qu'annonçait les sondages, les électeurs de ce parti ne se sont clairement pas mobilisés (le seul enjeu étant de quel parti serait le ministre-président de la région, le parti de la coalition ayant le plus de sièges obtenant le poste).

Il y a cependant deux sensations dans ce vote. Tout d'abord, l'entrée du parti pirate au parlement avec 7,4% des voix. Ça fait d'eux le quatrième parti politique du Land, et une seconde entrée dans un parlement régional, pas mal. Et de bon augure pour les élections en NRW à venir. Les journaux ont tendance à saluer l'arrivée de ce parti tout jeune dans le jeu politique, il a réussi très rapidement à apporter du sang neuf dans la vie politique allemande.

La seconde, c'est la claque, la débâcle, la raclée, du FDP. Avec 1,2% des voix (9,2% en 2009...) ils sortent du parlement sans aucun appel. C'est leur plus mauvais résultat de l'histoire en Allemagne de l'Ouest.

Pour les résultats complets, les verts s'en sortent de justesse avec 5,0%, exactement le minimum pour avoir des sièges. Ils paient probablement leur participation au gouvernement précédent. Die Linke reste très haut, c'est après tout le fief d'Oscar Lafontaine, l'un des fondateurs du parti.

La Sarre est en tout cas symptomatique de la politique allemande actuelle (modulo les verts, dont le mauvais résultat est très local). La CDU est le premier parti du pays, mais n'a plus personne pour gouverner avec eux. À côté, si on somme les voix « de gauche », la différence est sans appel (32 sièges ici contre 19). Je compte le Parti Pirate dans la gauche, leur programme l'étant clairement (bien qu'atypique, le libéralisme de gauche, on a pas d'équivalent en France). Pourtant, la CDU reste au pouvoir car la gauche est trop morcelée et incapable de gouverner ensemble. Aujourd'hui, l'écart idéologique est bien plus élevé entre le SPD et Die Linke (et le Parti Pirate), qu'entre le SPD et la CDU. Finalement, les deux grands partis sont d'accord sur la grande majorité des sujets. La CDU s'est tellement recentrée qu'il y a aujourd'hui deux grands partis sociaux-démocrates en Allemagne.

dimanche 18 mars 2012

Et voilà donc Gauck

Et voilà la suite de la démission du président. Merkel a très bien géré la crise, en acceptant immédiatement de discuter avec l'opposition d'un candidat commun. Les Verts et le SPD ont comme prévu poussés pour Joachim Gauck, et Merkel a avalé la couleuvre, et forcé son camp à renoncer à ce poste symbolique. C'est une belle façon de reconnaître son erreur, tout en passant très vite à autre chose. Cerise sur le gâteau, cela donne un président vraiment soutenu par l'ensemble des partis avec lequel elle pourrait être amenée à gouverner à partir de 2013.

Pour l'histoire de sa vie, d'autres que moi l'ont déjà écrit. Le plus important, c'est qu'il était un militant pour la démocratie en Allemagne de l'Est. Il s'est rendu particulièrement célèbre en gérant pendant dix ans les archives de la Stasi. Il n'est officiellement dans aucun parti politique, ce qui est la première fois à ma connaissance pour un président Allemand (la CDU a tendance à squatter le poste...).

Il y avait deux autres candidats (ce ne sont en réalité pas eux qui se déclarent. Un parti présente le candidat, il ne fait qu'accepter de l'être). Tout d'abord Beate Klarsfeld soutenue par Die Linke. Rappelons qu'elle soutient Sarkozy en France, mais que ça ne semble pas les avoir dérangés... Ça opposait en tout cas un militant acharné contre les communistes à une chasseuse de Nazis, bel exemple du poids de l'histoire en Allemagne. Elle a obtenu les voix du parti qui la soutenait, tout le monde étant bien conscient qu'il s'agissait d'une candidature de témoignage.

Le troisième, Olaf Rose, était le candidat des néo-nazis allemands. Il n'a obtenu que les trois voix de son parti (sur les 1200 délégués). J'en parle uniquement car il est conseiller municipal à Pirna. Quand on parle des néo-nazis, la Saxe n'est malheureusement jamais bien loin.

Notons aussi la forte abstention, une centaine de participants n'ont pas votés. Ils appartiennent clairement aux grands partis soutenant Gauck, même s'il est impossible de savoir exactement chez qui ce nom ne faisait pas complètement consensus (probablement à la CDU, mais ça ne reste que de la spéculation).

jeudi 15 mars 2012

Chute du gouvernement en NRW

Vous vous souvenez peut-être d'un billet pas si vieux que ça. Les dernières élections en NRW, c'était il y a 20 mois seulement. Mais les électeurs vont devoir retourner aux urnes, avant le 13 mai.

J'étais resté sur ce blog sur une probable victoire rouge-verte, avec une majorité pour gouverner. Cela a été un peu plus compliqué que ça, les rouges/verts n'atteignant que 90 sièges contre 91 pour les autres partis. Les négociations avec les différents partis ayant complètement échouées pour former un gouvernement stable, un gouvernement minoritaire avait été mis en place. C'est assez rare dans ce pays, et on trouve assez facilement des articles de journaux félicitant le bilan du gouvernement. En vingt mois, ils ont réussi à supprimer les frais d'inscription à l'université (sujet très politisé en Allemagne) en s'appuyant sur les voix de Die Linke, réformés les écoles avec la CDU, changés les règles de financement des communes avec le FDP... Le parlement avait retrouvé un rôle d'importance, loin de la caisse d'enregistrement d'un gouvernement.

Mais cette année, ils n'ont pas réussi à faire voter le budget. Pendant un temps, il était crédible que le FDP accepte de le voter après quelques concessions. Mais ils ont finalement votés contre, entraînant l'équivalent d'une motion d'une censure. C'est assez amusant d'ailleurs de voir le FDP commettre ce qui ressemble fort à un suicide politique, leurs chances de retourner aux parlements étant très minces... (leur chef a déclaré que les convictions étaient plus importantes que le nombre de sièges, soit). C'est donc la fin d'une expérience politique, qui semble pour le moment profiter aux sortants (la coalition rouge/verte est annoncée gagnante avec une majorité plus que suffisante aux prochaines élections).

Cela contribue en tout cas à repolitiser un peu cette année 2012. Un seul vote régional était prévu, en Schleswig-Holstein. Après la chute du gouvernement en Sarre (élections le 25 mars), on arrive maintenant à trois. Dont le Land le plus peuplé d'Allemagne. Les résultats seront probablement observés de près par les états-majors politiques...

J'en profite pour dire que d'après les sondages, il est crédible que les Pirates rentrent dans les trois parlements régionaux. On verra les résultats finaux, mais que ce parti commence à être sondé à part entière (et pas dans les "autres") et dépasse les 5% à chaque fois montre déjà un changement de statut pour ce très jeune parti.

lundi 27 février 2012

Du vote de l'aide à la Grèce en Allemagne

On peut lire dans les journaux français que le Bundestag a voté le plan d'aide à la Grèce. C'est vrai, mais ils oublient un petit fait à mon avis important. Derrière l'écrasante majorité (496 oui sur 591 votants) se cache une claque pour Merkel. Les membres de sa coalition n'ont été que 304 à voter la loi, pour une majorité absolue de 311 (quand il n'y a pas d'absents. Mais l'Allemagne n'est pas la France, la notion d'absentéisme parlementaire n'est pas vraiment la même chose...). Pire, il y a treize non parmi les manquants, et pas uniquement des abstentions/non-votants

Sur ce coup là, elle perd la majorité, ne la conservant que par le bon vouloir des verts et du SPD. À ma connaissance, c'est la première fois que cela se produit pour Merkel et son gouvernement.

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